Payés pour échouer

CAMBRIDGE – Dans un rapport transmis récemment au juge américain en charge du dossier sur la faillite de Lehman Brothers, un enquêteur mandaté par la Cour décrit comment les cadres dirigeants de Lehman ont pris, de façon délibérée, les décisions de poursuivre leur stratégie agressive d’investissement et de prise de risque excessive, et d’augmenter substantiellement l’endettement. Ces décisions furent-elles causées par des prétentions démesurées et des erreurs de jugement ou sont-elles le produit d’incitations faussées ?

A la suite de la chute de Bear Stearns et de Lehman Brothers, prémice à une crise d’ampleur mondiale, la presse dans sa grande majorité avait conclu que la fortune des cadres de ces institutions s’était envolée, tout comme celle des sociétés qu’ils avaient vouées au désastre. Ce ‘discours officiel’ a convaincu les journalistes de minimiser le rôle des principes de rémunération biaisés et de l’importance de procéder à une réforme des systèmes de rémunération.

Dans notre étude, “The Wages of Failure: Executive Indemnisation at Bear Stearns and Lehman Brothers 2000-2008,” ( Les salaires de l’échec : rémunération des cadres dirigeants chez Bear Stearns et Lehman Brothers 2000-2008, ndt), nous avons examiné ce discours officiel et l’avons trouvé incorrect. Nous avons reconstitué les marges brutes produites par les cinq cadres les plus importants de ces établissements à partir de données récupérées à la Securities and Exchange Commission . Nous avons pu vérifier que, en dépit de la faillite de ces sociétés en 2008, la rémunération de ces personnes était largement positive, et conséquente.

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