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Le keynésien qui ne dit pas son nom

LONDRES – Les observateurs financiers britanniques sont de plus en plus nombreux à craindre que le chancelier de l’Échiquier George Osborne ne soit pas aussi déterminé à réduire la dépense publique qu’il le prétend. En effet, bien qu’Osborne ne cesse de se fixer des échéances d’équilibre du budget, dès lors qu’expirent ces échéances – et face à un budget encore et toujours en déséquilibre – il se contente d’en élaborer un nouveau.

Examinons quelques chiffres budgétaires. Lorsqu’Osborne est devenu chancelier en 2010, le déficit budgétaire – à savoir les dépenses moins les recettes – s’élevait à 153 milliards £ (239 milliards $), soit 10,2 % du PIB. Le nouveau chancelier a alors promis que d’ici 2015 le déficit retomberait à seulement 37 milliards £, soit 2,1 % du PIB – l’équivalent d’un équilibre entre les recettes et les dépenses actuelles. Or, il est prévu que le déficit pour 2014-2015 atteigne 97 milliards £. L’issue de la démarche d’équilibre entreprise par Osborne est ainsi reportée jusqu’au budget de 2019-2020.

Bien que le discours d’Osborne promeuve la nécessité d’une réduction des dépenses, ses démarches s’orientent dans une direction tout autre. Si l’on s’en tient aux promesses, la dépense aurait dû être désormais réduite de plus de 100 milliards £ ; celle-ci n’a en réalité été réduite que pour moins de moitié, Osborne se contentant d’étendre sur quelques années supplémentaires son programme quinquennal de réductions successives. Ainsi, alors qu’il apparaissait initialement comme la figure emblématique de l’austérité à la britannique, Osborne commence à passer pour une sorte de keynésien qui ne dirait pas son nom.

Une certaine école de pensée considère que c’est l’engagement, et non les accomplissements, qui conférerait leur crédibilité aux politiques entreprises. La Banque d’Angleterre (BOE) s’est par exemple engagée à recouvrer une inflation de 2 % dans des délais de « moyen terme. » L’inflation annuelle n’a jamais atteint 2 % au cours des six dernières années, étant toutefois possible que l’engagement de la BOE ait contribué dans une certaine mesure à la baisse des taux d’intérêt.