9

Un mythe économique aux proportions olympiques

NORTHAMPTON – Si l'on en croit la légende des Jeux Olympiques, accueillir les Jeux constitue une aubaine économique pour la ville et pour le pays choisis. En réalité, les Jeux sont le plus souvent un projet inutile et ruineux, comme Rio de Janeiro est en train de s'en apercevoir.

Voyons d'abord comment les Jeux sont attribués à une ville hôte. Le Comité International Olympique (CIO), un monopole mondial non réglementé, organise une enchère bisannuelle au cours de laquelle les villes du monde rivalisent les unes contre les autres pour montrer qu'elles répondent aux critères du projet. Des cadres d'affaires, souvent issus du secteur du bâtiment, qui ont souvent beaucoup à gagner dans la préparation des Jeux, dirigent habituellement les   enchères en vue de désigner la gagnante. Entre autres, les villes offriront des installations sportives somptueuses, des espaces de cérémonie fastueux, de nouveaux réseaux de transports, des logements luxueux pour des athlètes et des centres de médias et de diffusion audiovisuelle.

Erdogan

Whither Turkey?

Sinan Ülgen engages the views of Carl Bildt, Dani Rodrik, Marietje Schaake, and others on the future of one of the world’s most strategically important countries in the aftermath of July’s failed coup.

Les résultats de ce processus sont prévisibles : les villes gagnantes se lancent la plupart du temps dans la surenchère. Le coût d'accueil des Jeux Olympiques d'été est estimé actuellement entre 15 milliards et 20 milliards de dollars, affectés notamment à la construction et à la rénovation des installations, aux frais de fonctionnement et de sécurité et aux infrastructures supplémentaires. Les recettes totales pour la ville hôte sur sa part des contrats de télévision internationaux (environ 25 %, les autres 75 % allant au CIO), sur les sponsors internationaux et nationaux, sur les ventes de billets et de souvenirs sont estimées entre 3,5 et 4,5 milliards de dollars. Bref, les coûts dépassent largement les recettes de 10 milliards de dollars, voire plus.

Ceux qui rivalisent pour que leur ville accueille les jeux arguent souvent du fait que tous les déficits à court terme se transformeront en gains à long terme, grâce au développement du tourisme, des investissements étrangers et du commerce, sans parler de l'amélioration du moral de la nation.

Pensez au tourisme. Pendant les mois de juillet et août 2012, le nombre de touristes qui ont visité Londres, la ville organisatrice des Jeux d'été de cette année-là, a en fait diminué de 5%. Les magasins, les restaurants, les théâtres et les musées autour de l'espace de Piccadilly Circus ont enregistré un chiffre d'affaires quasi nul durant les 17 jours des Jeux.

Quand cela se produit, la plupart des touristes évitent les villes hôtes pendant les Jeux, à cause de la foule, des retards dans les transports, de la hausse des prix et des potentielles menaces de sécurité. En conséquence, l'accueil des Jeux fait plus de mal que de bien au tourisme, qui prospère grâce au bouche à oreille. Si les touristes évitent une ville, ou ont une expérience négative à cause des Jeux, ils n'auront rien de bon à raconter de nouveau à leur famille et à leurs amis.

Au delà du tourisme, nul bon gestionnaire ne prend des décisions d'investissements ou de commerce simplement parce qu'une ville accueille les Jeux Olympiques. Les dépenses faites par la ville créent plutôt la détresse budgétaire, qui implique un environnement d'affaires moins favorable à l'avenir.

Un autre inconvénient à accueillir les Jeux est l'attention renouvelée dont une ville fait l'objet dans l'opinion publique. Les préparatifs de Rio de Janeiro, qui accueille les Jeux d'été cette année, n'ont pas fait grand-chose pour améliorer son image internationale. Une ville autrefois renommée pour sa beauté naturelle et son style de vie enjoué est maintenant connue pour la corruption, la violence, ses embouteillages, sa pollution, son instabilité politique et le virus Zika.

Un secteur dans lequel quelques villes hôtes (mais pas toutes), peuvent réellement réaliser des gains à long terme est celui des dépenses d'infrastructure. Dans le cas de Rio, on pourrait arguer du fait que la ville va bénéficier des améliorations de son aéroport international et de son port du centre ville. Mais ce n'est pas une raison valable pour devenir une ville hôte : c'est simplement un lot de consolation. Les milliards de dollars de développement productif des infrastructures ne font pas grand-chose pour compenser les 19 autres milliards de dollars dépensés dans les Jeux, qui n'amélioreront pas la ville pour la plupart de ses habitants ou visiteurs réguliers.

Pensez à la ligne de métro souterrain de 2,9 milliards de dollars (qui avait à l'origine un budget prévu de 1,6 milliards de dollars), sur le site proche de Barra da Tijuca, une banlieue riche à 15 km de là. Ce nouveau coup de pouce donné aux infrastructures va faire grimper les prix de l'immobilier dans le quartier de Barra da Tijuca, sans rien changer à l'état horrible du trafic dans Rio. La grande majorité des travailleurs de Rio qui vivent au Nord et à l'Ouest du centre ville subiront les mêmes difficultés quotidiennes dans les transports quotidiens.

Les exemples de ce genre sont légion. La ville a construit un nouveau terrain de golf sur les marécages protégés de la Réserve Naturelle de Marapendi, ce qui va dégrader l'écosystème et va consommer de grandes quantités d'eau, une ressource rare et précieuse à Rio. La municipalité a également construit des voies d'autobus qui relient les sites olympiques, qui vont faciliter le voyage pour les cadres du CIO, mais pour mieux encombrer les chaussées encore plus étroites de la ville pour tous les autres.

Support Project Syndicate’s mission

Project Syndicate needs your help to provide readers everywhere equal access to the ideas and debates shaping their lives.

Learn more

Par des infrastructures injustifiées et perturbatrices, les Jeux de Rio ont imposé un coût humain. Pour faire de la place aux 32 installations sportives, au Village Olympique des athlètes, au centre de médias et de diffusion audiovisuelle, à l'espace vert des cérémonies et pour embellir le paysage environnant, le gouvernement de Rio a expulsé plus de 77 000 les habitants des bidonvilles ou des favelas depuis 2009, l'année où la ville a remporté l'organisation des Jeux.

En fin de compte, accueillir les Jeux Olympiques est un gros pari économique pour une ville. Les villes moins développées avec une infrastructure insuffisante doivent dépenser davantage pour répondre aux normes du CIO en matière de transports, de communications et d'hôtellerie. Davantage de villes développées disposent de l'infrastructure, mais pas nécessairement du terrain et risquent de perturber des secteurs d'activités prospères pour favoriser la réussite des Jeux.