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La science économique, ce n'est pas la pensée unique !

CAMBRIDGE – Début novembre, des étudiants ont boycotté le cours d'introduction à l'économie (Economics 10) de mon collègue Greg Mankiw. Ils lui reprochaient de propager en guise de science économique une idéologie conservatrice dans le but de perpétuer les inégalités sociales.

Ces étudiants sont l'expression d'un mouvement de protestation croissante contre l'économie moderne, telle que l'enseignent les plus grandes institutions universitaires. Certes, l'enseignement de l'économie a toujours été cible de critiques, mais la crise financière et ses conséquences paraissent valider les accusations de longue date à l'encontre des présupposés irréalistes des économistes, la réification des marchés et l'indifférence à l'égard des questions sociales.

De son coté, Mankiw estime que les étudiants protestataires étaient "mal informés". Pour lui l'économie n'est pas une question d'idéologie. Citant Keynes, il souligne que l'économie est une méthode qui aide à penser rationnellement et à parvenir à des réponses exactes, sans idées politiques à priori.

On ne le sait peut-être pas si l'on ne s'est pas plongé dans les cours d'économie de 3° cycle universitaire, mais on y trouve une étonnante variété de stratégies économiques qui dépendent du contexte. Certains économistes utilisent dans leur analyse un cadre favorable à l'économie de marché et d'autres pas. Une grande partie de la recherche en économie est consacrée à comprendre comment l'intervention de l'Etat peut améliorer le fonctionnement de l'économie. Et les économistes étudient de plus en plus les causes non économiques du comportement, ainsi que les différentes formes de coopération sociale.