0

Tous, sans exception !

LONDRES – Quiconque a lu L’Immeuble Yacoubian de l’auteur égyptien Alaa al-Aswany, publié en 2002, pensera que la révolution en Égypte n’avait que trop tardé. Ses lecteurs n’auront pas été étonnés par la facilité avec laquelle la coque pourrie du régime Moubarak a été précipitée contre les récifs, ou par l’esprit et le courage de ceux qui ont écrit cette page extraordinaire de l’histoire.

Mais tout d’abord : ce roman, à la fois subtil et très drôle, raconte la vie des occupants d’un immeuble chic du Caire (qui existe vraiment), squattant des abris de fortune sur le toit. Comme l’hôtel Majestic décati du roman de J. G. Farrell, Troubles, sur la fin de l’occupation britannique en Irlande du Sud, l’immeuble éponyme est une métaphore de l’État et ses occupants incarnent les différents aspects de la société égyptienne sous Moubarak.

J’imagine que les censeurs ont rarement le sens de l’humour et que l’ironie et la parodie échappent en général à leurs capacités intellectuelles. Il me semble toutefois étonnant que L’immeuble Yacoubian n’ait pas été interdit en Égypte – et dans les autres pays arabes – et qu’il ait par la suite été adapté avec succès au cinéma. Al-Aswani met très précisément le doigt sur les maux de l’Égypte contemporaine, tout en soulignant la force de caractère et la grâce urbaine déterminée des Cairotes, malgré la corruption et la main de fer des forces de sécurité.

La question la plus intéressante, maintenant que l’État Yacoubian a sombré, n’est donc pas « Pourquoi est-ce arrivé ? », mais « Pourquoi n’est-ce pas arrivé plus tôt ? »