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La santé du Nigeria au-delà d’Ebola

ABUJA – Le monde entier a vivement applaudi la déclaration de l’Organisation mondiale de la Santé selon laquelle le Nigeria était parvenu à éradiquer le virus Ebola au sein des frontières du pays. Enthousiasmés par cette réussite, la plupart des observateurs ont néanmoins passé à la trappe le franchissement d’une étape encore plus essentielle pour la santé du pays le plus peuplé d’Afrique : l’élaboration d’un nouveau projet de loi nationale sur la santé, qui n’attend plus désormais que la signature du président Goodluck Jonathan.

Si ce texte débouche sur une loi, il pourrait alors transformer le système de santé du Nigeria, fournissant un modèle aux autres États ouest-africains désireux de tirer les leçons de l’épidémie Ebola et d’offrir un système de santé à l’ensemble de leurs citoyens. Jonathan vise la réélection au mois de février. En ratifiant le projet de loi, il démontrerait son engagement dans l’amélioration des services de santé pour les Nigérians, et tracerait une voie susceptible d’être suivie par d’autres.

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Ebola a fait son apparition au Nigeria lorsqu’un voyageur infecté en provenance du Libéria est arrivé à Lagos au mois de juillet dernier. Les conséquences d’une épidémie majeure frappant les 22 millions d’habitants de la plus grande ville d’Afrique auraient pu être catastrophiques.

Fort heureusement, les autorités ont su agir rapidement, isolant les patients infectés et retraçant leurs contacts sur une période de 21 jours. Ces autorités ont contrôlé avec soin les voyageurs faisant leur entrée dans le pays, et mené une importante campagne publique d’information afin de sensibiliser les citoyens autour de la manière de contenir l’épidémie. Au mois d’août, bien que le virus se soit propagé à Port Harcourt, dans l’est du pays, il y a également été géré rapidement. Le solide leadership de Jonathan, de même que l’important soutien apporté par les dirigeants des deux principaux États nigérians directement affectés par Ebola, se sont révélés essentiels dans la prévention de la propagation de la maladie.

La rapide réaction du Nigeria face à Ebola s’est appuyée sur les infrastructures d’un programme d’éradication de la poliomyélite qui avait auparavant permis au pays d’en finir avec cette maladie. Mais bien que ce type de campagnes ciblées se soit révélé efficace en Afrique de l’Ouest, les systèmes nationaux de santé dans la région souffrent d’un manque de ressources et de personnels qualifiés. Ils ont également tendance à favoriser les populations urbaines, au détriment des plus pauvres. La férocité et la persistance d’Ebola au Libéria, en Sierra Leone et en Guinée, mettent en lumière la fragilité de ces systèmes.

Ce projet de loi nationale sur la santé, en attente d’approbation par Jonathan, expose ce à quoi pourrait ressembler un système de santé plus solide. Une telle démarche reconnaîtrait à tous les Nigérians le droit de bénéficier d’un niveau minimum de services, et établirait un système national fondé sur des structures de soutien allant du gouvernement fédéral jusqu’aux localités et villages isolés. L’infrastructure s’organiserait autour de l’actuel Conseil national de la Santé, et serait financée via l’octroi annuel de 1 % du Fonds consolidé du revenu du gouvernement fédéral, ainsi que par les contributions des entités étatiques et gouvernementales locales.

Environ 50 % de ces fonds seraient employés à l’expansion et à la revitalisation d’un régime national d’assurance santé. Quelque 20 % seraient par ailleurs dépensés en médicaments, traitements, et matériel de base, 15 % en faveur des installations, laboratoires de recherche et transports, 10 % en direction du recrutement, et enfin 5 % en faveur des services d’urgence.

Cette loi conférerait ainsi un système sanitaire de base à tous les Nigérians, et exigerait la prise en charge de tous les accidents et autres urgences par les installations de santé, qu’elles soient publiques ou privées. Femmes enceintes, personnes âgées, personnes handicapées et enfants de moins de cinq ans bénéficieraient de soins de santé gratuits.

Cette législation instaurerait des normes nationales s’agissant des services, soins et traitements, et exigerait une coordination du système de santé privé, incluant médecine traditionnelle et soins alternatifs. Ce projet vient également renforcer le pouvoir du ministre de la Santé dans la mise en œuvre de mesures industrielles en seulement quelques semaines – défi persistant du secteur de la santé au Nigeria – et refreinerait l’utilisation de fonds publics par les dirigeants et fonctionnaires nigérians en quête de soins médicaux à l’étranger.

Enfin, ce projet vient appuyer la recherche autour de l’état de santé des Nigérians. La collecte et l’analyse de données précises en la matière se révéleront essentielles dans le combat que mène le pays pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement fixés en 2000, et notamment les objectifs d’amélioration de la santé maternelle ainsi que de réduction de la mortalité des nouveaux nés et des jeunes enfants.

Ce sont là d’ambitieux objectifs, auxquels le Nigeria s’attaque sur la base d’un faible système de santé. Le pays a néanmoins démontré qu’il était capable d’atteindre des résultats impressionnants lorsque l’efficacité de son leadership parvenait à mobiliser ses institutions administratives et médicales. Le Nigeria a en effet su remporter la lutte contre cet adversaire potentiellement dévastateur que représentait le virus Ebola.

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Il faut toutefois agir vite. L’échéance de la ratification du projet de loi approche à grands pas. Jonathan dispose d’une formidable opportunité de démontrer la capacité du Nigeria à évoluer au-delà de son combat contre Ebola, et à véritablement transformer le système de santé du pays tout entier. À l’approche de sa fin de mandat actuel, une telle réussite permettrait au président nigérian de laisser derrière lui un héritage admirable. En apposant sa signature à ce texte, il démontrerait en effet un leadership dont peu de ses prédécesseurs peuvent se prévaloir.

Traduit de l’anglais par Martin Morel