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Leadership féminin et mythes

NEW YORK – Au cours d'une seule semaine au mois de mai, Jill Abramson, la première femme à occuper le poste de directrice de la rédaction du New York Times, a été contrainte de démissionner, tandis qu'à Paris Natalie Nougayrède a démissionné de son poste de directrice de rédaction du Monde, le journal de référence français, en déclarant dans une lettre ouverte qu'on l'empêchait de mener à bien sa mission. Comment interpréter ces révocations de femmes qui occupaient des postes de haute responsabilité ?

Le Times a annoncé le départ d'Abramson en première page dans un article plein de fiel, le genre d'article que l'on n'aurait jamais publié s'il s'était s'agit d'un homme, aussi nul eusse-t-il été. Jill Abramson a réagi avec force dans une brève bataille pour l'opinion publique, avec le soutien de quelqu'un qui a fait savoir que son salaire était inférieur de plus de 80 000 dollars à celui de son prédécesseur masculin.

Comme on pouvait s'y attendre, des deux cotés de l'Atlantique les observateurs ont déblatéré sur le leadership féminin. Abramson a été qualifiée d'arriviste et Nougayrède d'autoritaire, jusqu'à être comparée à Poutine. Soit dit en passant, personne, ami ou ennemi, n'a jamais prétendu que l'une ou l'autre n'aurait pas atteint ses objectifs. C'est uniquement leur style de leadership qui était au centre de tous les débats.

Abramson est une journaliste d'investigation très expérimentée qui en tant que dirigeante devait aider les reporters à mener leurs enquêtes en dépit de toutes les difficultés auxquels ils font face. Aussi il est étrange de la voir qualifiée de péremptoire, agressive, dure ou cassante. Comment aurait-elle pu faire son travail sans cela ? On l'aurait alors accusée de faiblesse et d'indécision.