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Le fantôme de Monnet

LONDRES – Certaines belles idées sont comme un très bel objet dans lequel se trouverait une bombe à retardement. Il se pourrait que l’idéal d’une Europe unifiée, même si non conçu pour exploser, se désintègre néanmoins. Revenir sur les origines intellectuelles de l’Union Européenne permet de comprendre pourquoi.

L’un des principaux architectes de l’UE, Jean Monnet, diplomate et économiste français, a vécu à Washington pendant une grande partie de la deuxième guerre mondiale comme négociateur pour les alliés européens. A la suite de la défaite de l’Allemagne, il était convaincu que seule une Europe unie serait en mesure d’éviter une autre guerre dévastatrice en Occident. « Il n’y aura pas de paix en Europe, » écrivait-il dans ses mémoires, « si les états se reconstituent sur la base de leur souveraineté nationale. »

Presque tous sur un continent européen épuisé par la guerre et confronté à l’éclatement des institutions de ses états nations ravagés, se sont ralliés à cette idée. Seuls les victorieux Britanniques, dont les institutions étaient plus ou moins intactes, ont exprimé un certain scepticisme, pas tant sur l’idée d’unité continentale que sur leur propre participation à cet ambitieux projet de l’Europe.

A l’évidence, l’idéal d’une Europe unie ne date pas de Monnet. S’il ne remonte pas à la Rome Antique, il date au moins du dixième siècle et du Saint Empire Romain. Depuis, l’idéal européen a connu de nombreuses évolutions, mais a préservé deux constantes.