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Le paradoxe des prix

LONDRES – En 1923, John Maynard Keynes a posé une question économique fondamentale qui reste pertinente aujourd'hui. « L'inflation est injuste et la déflation est inopportune, dit-il. Entre les deux la déflation est peut-être (...) la pire chose : parce que c'est pire (...) de provoquer le chômage que de décevoir le rentier. Mais nous ne sommes pas obligés de mettre en balance un mal contre l'autre. »

La logique de l'argument semble irréfutable. Parce que de nombreux contrats sont « collants » (c'est-à-dire difficilement révisés) en termes monétaires, l'inflation et la déflation portent préjudice à l'économie. La hausse des prix réduit la valeur de l'épargne et des pensions, tandis que la baisse des prix réduit les anticipations de profits, encourage la thésaurisation et augmente le fardeau réel de la dette.

La maxime de Keynes est devenue la maxime de référence en matière de politique monétaire (une des rares à avoir survécu). Les gouvernements, selon l'opinion commune, doivent viser la stabilité des prix, avec un léger préjugé en faveur de l'inflation pour stimuler les « esprits animaux » des hommes d'affaires et des acheteurs.

Au cours des dix années qui ont précédé la crise financière de 2008, les banques centrales indépendantes ont fixé un objectif d'inflation d'environ 2%, afin de fournir aux économies un « point d'ancrage » pour la stabilité des prix. On ne doit pas espérer que les prix soient autorisés à s'écarter de cet objectif, sauf temporairement. L'incertitude quant à l'évolution future des prix sera éliminée de calculs commerciaux.