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L'Occident  face à Medvedev

LONDRES –  En 2001, George Bush dit avoir regardé Vladimir Poutine au fond des yeux et y avoir vu un ami de l'Occident. Peu après, Poutine a commencé à restaurer un régime autoritaire en Russie. Aujourd'hui, les dirigeants occidentaux sont sur le point de répéter la même erreur avec Dimitri Medvedev.

L'élection de dimanche était plus un couronnement qu'une élection. Les seuls adversaires de Medvedev étaient des politiciens du passé comme Vladimir Jirinovski qui s'est transformé depuis longtemps de proto-faciste en un loyaliste du Kremlin, et Andreï Bogdanov, un ersatz de démocrate que le Kremlin a autorisé à se présenter pour donner l'impression à l'Occident qu'il y avait une véritable consultation électorale. 

Dans ces conditions, il est surprenant que tant de gens en Occident qualifient Medvedev de "libéral". Est-ce parce que nous avons été manipulés au point de craindre quelqu'un d'encore pire, un silovik excité (les siloviks sont les membres des forces de sécurité actuels ou du passé), comme Sergueï Ivanov, l'ancien ministre de la Défense ? Ou bien Medvedev représente-t-il une réelle occasion de mettre fin à la mini-guerre froide qui se déroule actuellement entre la Russie et l'Occident ?

En fait, Medvedev présente bien. Les antécédents de Poutine se situent au KGB, tandis que Medvedev est un avocat qui a critiqué le "nihilisme juridique " de la Russie et dénoncé le concept à la mode de "souveraineté démocratique". Ayant passé sept ans comme président du conseil d'administration de Gazprom, il connaît bien le monde des affaires. Il est tout à fait apte à s'exprimer au forum économique de Davos et il porte de beaux costumes. Il ne ressemble pas à l'archétype du bureaucrate post-soviétique ou de l'agent du KGB et il est un fan de Deep Purple, le groupe de rock des années 1970. Mais il faut bien comprendre le système qui l'a fait, avant de se féliciter de l'apparition d'une nouvelle figure qui risque de n'être qu'une amélioration de façade.