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Machiavélique économie

PRINCETON – À quel moment est-il légitime de mentir ? Le mensonge peut-il jamais être vertueux ? Dans la tradition machiavélienne, le mensonge se justifie souvent par les intérêts supérieurs de l’art politique, et parfois par l’idée selon laquelle l’état, en tant qu’incarnation du bien public, représente un niveau supérieur de moralité. Cette tradition est encore une fois mise en lumière alors que la question du mensonge politique a récemment refait surface dans le cadre de nombreuses et amères controverses.

Le ministre allemand de la défense Karl-Theodor zu Guttenberg devait-il dire la vérité concernant le plagiat massif qui entache sa thèse de doctorat, ou bien le mensonge peut-il être justifié par le fait qu’il occupe un poste gouvernemental important ? L’invasion de l’Irak de Saddam Hussein par les États-Unis en 2003 était-elle illégitime parce que fondée sur un mensonge autour de l’existence d’armes de destruction massive ? Était-ce justifié pour les conservateurs américains anti-avortement d’envoyer des acteurs racontant une fausse histoire dans les bureaux du planning familial pour discréditer leurs adversaires ?

La variante économique du machiavélisme est aussi puissante que l’idée qui prétend que le mensonge politique peut être vertueux. Mentir ou masquer la vérité peut, semble-t-il, en certaines circonstances, améliorer le sort des gens. La tromperie pourrait être source de réconfort. Nous pourrions nous sentir au chaud et heureux dans un cocon de mensonge.

L’un des exemples les plus fameux est la Grande Dépression – une époque à laquelle les politiciens ont souvent fait référence pour essayer de comprendre la crise financière post-2007. Au début des années 30, de nombreux pays ont connu de terribles paniques bancaires qui ont entrainé des dommages immenses et immédiats, décimant l’emploi par l’effondrement d’entreprises qui étaient fondamentalement solvables.