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Une théorie de la justice pour les conseils d’administration

LONDRES – Il existe un réel danger que les dirigeants d’entreprise, prenant derrière des portes closes des décisions qui paraissent justes, finissent par ne plus être en phase avec le monde extérieur. Lorsque les portes s’ouvrent et que les décisions sont annoncées, il est évident que les membres des conseils d’administration sont souvent complétement déconnectés des réalités économiques et sociales de ce monde.

Prenons par exemple les rémunérations des dirigeants d’entreprise. Même si elles peuvent être justifiées logiquement par les comités de rémunération des conseils d’administration au moyen de formules complexes, elles semblent souvent vraiment décalées par rapport au sens commun.

Les administrateurs doivent réfléchir à deux fois aux choix qu’ils font derrière ces portes closes. Le principe directeur des décideurs doit être le voile d’ignorance, le concept avancé par le philosophe politique John Rawls dans son ouvrage Théorie de la justice, publié en 1971. Rawls a proposé le voile d’ignorance comme moyen d’établir des principes de justice sociale auxquels adhérerait quiconque ne sachant pas à l’avance quelles seraient son identité et sa position dans la société.

Quel serait le rôle du voile d’ignorance dans un conseil d’administration ? Les administrateurs ne sont pas seulement chargés d’assurer un retour sur investissement ; ils doivent également prendre des décisions en tenant dûment compte de la communauté, des employés, des fournisseurs, des consommateurs et même de l’économie dans son ensemble. Les décisions prises dans la salle de conférences ont des répercussions au-delà de l’entreprise et les actionnaires ne sont donc pas seuls à pouvoir tenir les administrateurs responsables de leurs choix.