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Vivre dans un monde sans pôle

NEW YORK – Le monde d’aujourd’hui est dominé non pas par un, deux ou même plusieurs puissances, mais plutôt influencé par des dizaines d’acteurs gouvernementaux ou non, exerçant plusieurs sortes de pouvoirs. Le vingtième siècle, dominé d’abord par quelques États, puis, pendant la Guerre froide, par deux États, et marqué enfin par la prééminence américaine à la fin de la Guerre froide, a laissé la place à un vingt-et-unième siècle dominé par personne. Un siècle que nous qualifierons de non-polaire.

Trois facteurs ont provoqué cet état de choses. Tout d’abord, certains États ont gagné en puissance en même temps qu’en poids économique. Ensuite, la mondialisation a affaibli le rôle de tous les États en permettant à d’autres entités d’accumuler une puissance non négligeable. Enfin, la politique étrangère américaine a accéléré le déclin relatif des États-Unis vis-à-vis des autres. Le résultat est un monde dans lequel la puissance est de plus en plus distribuée plutôt que concentrée.

L’émergence d’un monde non-polaire pourrait s’avérer plus négative qu’autre chose, en rendant plus difficile l’élaboration de réponses collectives à des défis régionaux et mondiaux urgents. Le nombre de décideurs rend plus difficile la prise de décision. La non-polarité augmente aussi à la fois le nombre et la gravité potentielle des menaces, qu’elles proviennent d’États-voyous, de groupes terroristes ou de milices.

Cependant, si la non-polarité est inévitable, son caractère ne l’est pas. On peut, et on doit faire beaucoup, pour façonner un monde non-polaire. Mais l’ordre n’émergera pas tout seul. Au contraire, si on le laisse à lui-même, un monde non-polaire risque de devenir de plus en plus désordonné au fil du temps.