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Violences sexuelles et justice au Liberia

OXFORD – La fille de Martha n’avait que douze ans lorsqu’elle a été victime d’un viol collectif à Monrovia, la capitale du Liberia. La police a arrêté l’un des agresseurs, mais ne l’a pas déféré devant la justice – un dénouement, pense Maria, qui n’est pas étranger au fait qu’elle n’a pas les moyens de payer les « frais de procédure », par ailleurs illégaux, imposés par certains agents de police aux familles des victimes.

L’histoire de Martha n’a rien d’extraordinaire. En fait, la plupart des victimes de viol et de violences domestiques doivent se battre pour obtenir justice. Et avec le retrait de la mission des Nations unies au Libéria (MINUL), la situation pourrait encore s’aggraver.

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Lorsque la MINUL a été créée, en 2003, le Liberia sortait à peine de quatorze années d’une terrible guerre civile, au cours de laquelle la violence physique et sexuelle contre les femmes s’étaient déchaînée. Durant les treize années qui ont suivi, la mission a joué un rôle essentiel de maintien de la paix, contribuant à la reconstruction du pays et à la réalisation d’un certain nombre d’objectifs sociaux favorisant notamment l’accès des femmes à la justice. Le soutien de la MINUL et des autres partenaires internationaux a permis au gouvernement du Liberia de mettre en place des organes judiciaires spécialisées, dont la Section de protection des femmes et des enfants, créée au sein de la Police nationale libérienne (PNL), ainsi qu’un tribunal spécial pour juger des crimes sexuels.

Mais la fréquence des cas similaires à celui de la fille de Martha montre que le pays a encore beaucoup de chemin à parcourir. Les victimes de viol et de violences domestiques sont souvent rendues responsables des exactions qu’elles ont subies, dissuadées de porter plainte par de fortes pressions sociales et contraintes à un règlement à l’amiable. Même les victimes qui osent défier les conventions et tentent d’engager des poursuites doivent surmonter de nombreux obstacles.

Il est une raison à cela : les agents de police manquent souvent de moyens et d’incitations à faire correctement leur métier. Les salaires peu élevés – environ 160 dollars par mois – émoussent les motivations et encouragent la corruption. Les rapports abondent, qui témoignent d’agents soudoyés par les violeurs ou autres agresseurs. En outre, malgré le soutien des Nations unies et des bailleurs de fonds internationaux, les policiers manquent souvent d’équipement, même le plus rudimentaire, qu’il s’agisse de véhicules pour se rendre sur les lieux d’un délit ou même de carnets pour enregistrer les plaintes ou les témoignages. D’autre part, les unités spécialisées chargées des viols et des agressions sexuelles ne sont pas déployées dans tout le pays, ce qui signifie qu’il n’est pas possible pour certaines victimes d’être protégées.

L’instruction des cas déférés à la justice après une enquête de police est, lorsqu’elle a lieu, d’une extrême lenteur. Là encore, le manque de ressources porte une lourde responsabilité.

Étant donné le nombre d’obstacles rencontrés par les victimes de viol et de violence domestique lorsqu’elles tentent d’obtenir justice, la protection des femmes et des filles devrait être une priorité pour le gouvernement libérien, qui a repris depuis le 30 juin toutes les compétences sécuritaires dans le pays. Mais d’autres problèmes de sécurité, au nombre desquels la présence de mercenaires à la frontière ivoirienne, la recrudescence des lynchages et le climat d’instabilité à l’approche de l’élection présidentielle, l’année prochaine, risquent d’éclipser la question. Pour garantir qu’elle ne sera pas évacuée, le gouvernement libérien comme ses partenaires à l’ONU et dans les autres instances d’aide internationale doivent agir dès à présent.

Le gouvernement devrait commencer par implanter les organes judiciaires spécialisés dans les zones où ils sont encore absents. Il doit aussi améliorer les conditions de travail de la police, en lui donnant notamment les outils et l’équipement dont elle a besoin. Il est indispensable, pour que les institutions judiciaires fonctionnent, qu’elles soient localement propriétaires de leur équipement.

Pour les Nations unies et les autres partenaires internationaux du Liberia, il est impératif, dans cette période intérimaire, d’augmenter les aides aux organes qui permettront aux victimes de viol et de violence domestique de se pourvoir en justice. Les donateurs devraient notamment accorder toute leur attention à la formation des agents de police et des fonctionnaires de justice, tout en soutenant les efforts déployés par le gouvernement pour doter les forces chargées du maintien de l’ordre public des infrastructures et de l’équipement nécessaires. Ils devraient également aider les organisations de femmes à obtenir les moyens, en contrôlant l’action de la PNL et des tribunaux, d’exiger du gouvernement qu’il rende des comptes.

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Au cours des treize dernières années, le Liberia a fait des progrès considérables, y compris dans la protection des droits des femmes. Mais le processus n’est pas achevé, loin s’en faut, et le pays ne peut se permettre de relâcher ses efforts. Seule une ferme détermination du gouvernement national et de ses partenaires internationaux, traduite en actes, permettra aux filles et aux femmes libériennes d’éviter la triste destinée de la fille de Martha.

Traduction François Boisivon