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Le mirage à gauche de l'Amérique Latine

Depuis que Deng Xiao Ping a souligné que “ce n'est pas la couleur du chat qui compte, mais s'il sait attraper des souris,” il est clair que les vieilles divisions gauche et droite, communisme et démocratie, qui datent de la Guerre froide, sont obsolètes. En effet, la Chine que Deng commença à construire en 1978 est aujourd'hui communiste politiquement et capitaliste économiquement. Mais la propension à appliquer de vieilles étiquettes reste forte, et tous les jours nous entendons de grossières simplifications comme celle qui actuellement maintient que l'Amérique Latine prend un fort virage à gauche.

Cette idée repose sur le principe que l'accession au pouvoir de Lula da Silva au Brésil, Hugo Chávez au Vénézuela, Néstor Kirchner en Argentine, Tabaré Vásquez en Uruguay, et, plus récemment, Evo Morales en Bolivie et Michelle Bachelet au Chili montre une tendance socialiste. Mais sont-ils tous des gauchistes à l'ancienne mode ? Ou pratiquent-ils un populisme à l'ancienne ? Que se passe-t-il au juste en Amérique latine ?

Pour commencer, on peut exclure le Chili de la soi-disant vague de gauche, car c'est un pays gouverné par une coalition centriste de socialistes à l'européenne de Ricardo Lagos et de chrétiens-démocrates historiques du pays. Que la présidente Bachelet soit issue de racines socialistes ne change en rien la nature de son gouvernement, qui suivra les paramètres de ses prédécesseurs et dirigera l'économie la plus ouverte de la région, intégrée dans le marché mondial par des accords de libre-échange qui s'étendent des États-Unis à la Chine.

On ne peut pas non plus avancer que le gouvernement du Brésil sous le président Lula n'a pas été caractérisé par la modération, suivant une politique économique plus orthodoxe même que celle de son prédécesseur, basée sur la discipline fiscale, les surplus budgétaires et une politique monétaire anti-inflationniste. En opposition par rapport à de vieux slogans de gauche contre le remboursement de la dette extérieure, le gouvernement de Lula s'est hâté de régler d'avance toutes ses obligations envers le FMI.