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Montée en puissance de la droite en Amérique latine

LAGUNA BEACH – Qu’il s’agisse des changements de gouvernement observés en Argentine et au Brésil, ou des correctifs appliqués à mi-parcours aux politiques du Chili, la politique latino-américaine en général semble opérer un basculement à droite. Seulement voilà, plutôt que d’être suscité par l’attrait des politiques économiques que préconise la droite, ce phénomène complexe apparaît pour l’essentiel comme le reflet d’une contrainte liée à une croissance anémique et à un déficit d’offre de biens publics, notamment de services sociaux.

Ce phénomène peut en effet être considéré comme une version latino-américaine de la montée en puissance des mouvements anti-establishment dans les pays occidentaux. Il souligne la nécessité pour les gouvernements de la région de produire des résultats au service de leurs citoyens. À défaut, le basculement actuel ne constituera rien de plus qu’une étape sur un chemin incertain – politiquement plus compliqué et économiquement plus difficile à arpenter – vers une destination encore moins stable.

Les signaux concrets de ce changement actuel de cap politique revêtent différentes formes. À l’issue de plusieurs années d’un populisme budgétairement irresponsable sous le règne de la famille Kirchner, l’Argentine a opté pour Mauricio Macri, ancien homme d’affaires de droite. Au Brésil, dans l’attente d’une décision finale du Sénat, la présidente Dilma Rousseff a été mise sur la touche dans le cadre d’une « destitution provisoire », son remplaçant affichant une volonté de renoncement aux politiques du Parti des travailleurs, orienté à gauche.

Plusieurs gouvernements pourtant bien installés dans la région procèdent eux-mêmes à un changement de cap. Au Chili, bien que la présidente Michelle Bachelet ait été réélue, son gouvernement annonce une réorientation à droite en matière de politique économique. Quant au Cuba du président Raúl Castro, il élargit actuellement la portée juridique des entreprises privées.