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Les trois conditions de l'intervention de l'Etat dans l'économie

DAVOS – Dans une période de croissance médiocre, les pays en développement en reviennent à de vieilles stratégies, notamment le recours à l'intervention de l'Etat en soutien à certains secteurs économiques pour en faire des moteurs de croissance et de création d'emplois. Mais l'expérience montre que cette politique conduit souvent à l'échec, particulièrement dans la région Amérique latine - Caraïbes.

Au cours des années 1950 et 1960, beaucoup de pays de cette région se sont lancés avec enthousiasme dans une politique industrielle. En remplaçant les importations par la production intérieure, en comptant sur la planification étatique pour déterminer les secteurs prioritaires et ériger des barrières commerciales (au moyen de taxes douanières, de quotas et de licences d'importation), ils ont essayé d'accélérer leur transition de l'état de fournisseur de matières premières à celui de base manufacturière.

Des pays d'Asie de l'Est comme la Corée du Sud ont mis en place avec succès ce type de stratégie pour permettre à des secteurs économiques sélectionnés de participer aux marchés mondiaux. Par contre les pays d'Amérique latine et des Caraïbes ont rarement réussi, car malgré un certain nombre de succès (comme celui d'Embraer dans l'aéronautique au Brésil et celui de l'élevage de saumons au Chili), leurs gouvernements ont souvent choisi les secteurs à soutenir sous la pression des lobbies et non en fonction du potentiel concurrentiel des entreprises.

Au cours des années 1980 et 1990, l'Amérique latine a abandonné cette stratégie au profit d'une politique moins risquée. Plutôt que de soutenir des secteurs donnés, certains pays ont soutenu l'innovation à force de subventions et d'avantages fiscaux tout azimuts, tout en ouvrant leurs marchés à la concurrence étrangère et en adoptant des réformes favorables aux marchés. Mais ces changements, bien que nécessaires, étaient insuffisants pour augmenter la production et stimuler la croissance.