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Les USA et l'Arabie saoudite : quelle politique ?

DENVER – De même que toute succession politique, celle qui vient d'avoir lieu en Arabie saoudite était inévitable. Mais il n'était pas inévitable que le décès du roi Abdallah - et l'émergence du prince héritier Salman comme successeur - advienne à un moment d'instabilité jamais connue dans une région déjà secouée par des changements très inopportuns pour la Maison des Saoud.

Considérons les problèmes de sécurité auxquels est confrontée l'Arabie saoudite aujourd'hui. Les effets des 12 ans d'instabilité quasi permanente dans l'Irak voisin commencent à se faire sentir dans le Royaume. Les causes de ressentiment des Saoud à l'égard des USA sont nombreuses (leur soutien à Israël, les négociations avec l'Iran, la pression qu'ils exercent en matière de droits humains), mais aucune n'est aussi importante que l'invasion de l'Irak en 2003.

Du point de vue saoudien, les USA ont créé le premier Etat chiite du monde arabe directement à leur frontière nord - un cauchemar en matière de sécurité pour eux. Quoi qu'il advienne finalement dans le nord et dans l'ouest irakien, dont une très grande partie est maintenant sous le contrôle de l'Etat islamique (sunnite), le sud et l'est du pays resteront sous contrôle chiite. Aussi, ce succès chiite (un concept très relatif) pourrait inciter ailleurs les chiites à se mobiliser politiquement, notamment ceux de la province orientale à majorité chiite d'Arabie saoudite qui recèle la plus grande partie de la richesse pétrolière du pays.

Il faut aussi compter avec l'Etat islamique qui essaye d'établir un califat - un objectif qui suppose non seulement de ramener le monde arabe au 17° siècle, mais aussi de redessiner les frontières modernes de la région. Celle qui sépare la Syrie de l'Irak est un héritage des accords secrets Sykes-Picot de 1916 entre Français et Britanniques.