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La Théorie générale de Keynes a 80 ans

LONDRES – En 1935, John Maynard Keynes écrivait à George Bernard Shaw : « Je crois que je suis en train d'écrire un livre sur la théorie économique qui révolutionnera en grande partie – non pas, je suppose, d’un coup, mais au cours des dix prochaines années – la manière dont le monde réfléchit à propos de ses problèmes économiques. » Et, en effet, le magnum opus de Keynes, Théorie générale de l'emploi, de l’intérêtet de la monnaie, publié en février 1936, a transformé la science économique et la politique économique. Quatre-vingts ans plus tard, la théorie de Keynes tient-elle encore debout?

Deux éléments de l'héritage de Keynes semblent solides. Tout d'abord, Keynes a inventé la macroéconomie – la théorie de la production dans son ensemble. Il a appelé sa théorie « générale » pour la distinguer de la théorie pré-keynésienne, qui suppose un niveau de production unique – le plein emploi.

En montrant comment l'économie pouvait rester coincée dans un équilibre de « sous-emploi », Keynes a contesté l'idée centrale de la science économique orthodoxe de son époque, selon laquelle l’offre et la demande sont égalisées par les prix simultanément sur tous les marchés, y compris le marché du travail. Sa remise en cause impliquait une nouvelle dimension en matière d’élaboration de politiques : les gouvernements peuvent avoir besoin d'enregistrer des déficits pour maintenir le plein emploi.

Les équations agrégées qui sous-tendent la « Théorie générale » de Keynes peuplent encore les manuels d'économie et continuent de façonner la politique macroéconomique. Même les économistes qui soutiennent que les économies de marché gravitent vers le plein emploi sont obligés de défendre leur cause dans le cadre que Keynes a créé. Les banquiers centraux ajustent les taux d'intérêt pour assurer un équilibre entre la demande et l'offre globales, parce que, grâce à Keynes, on sait que l'équilibre pourrait ne pas se produire automatiquement.