6

Ukraine : l'échec de la politique européenne

BERLIN – L'UE n'a probablement jamais rien vu de tel : le gouvernement du président ukrainien Viktor Ianoukovitch a fait semblant de négocier un accord d'association pour faire marche arrière à la dernière minute. Les dirigeants de l'UE se sont sentis roulés dans la farine, tandis qu'à Moscou l'ambiance était à la fête.

Ainsi que nous le savons maintenant, Ianoukovitch négociait dans le seul but de faire augmenter le prix que la Russie aurait à payer pour garder l'Ukraine dans son orbite stratégique. Quelques jours plus tard, Ianoukovitch et Poutine signaient divers accords commerciaux et annonçaient que la Russie accordait à l'Ukraine un rabais sur le prix du gaz naturel russe et un prêt de 15 milliards de dollars.

Du point de vue de Ianoukovitch, cette conclusion sert l'Ukraine à court terme : le rabais sur le gaz l'aidera à passer l'hiver, le prêt l'aidera à éviter de faire défaut sur sa dette, et le marché russe dont dépend son économie lui restera ouvert. Mais à moyen terme, en rejetant l'UE au profit de la Russie, l'Ukraine risque d'y perdre son indépendance - dont dépend l'ordre post-soviétique en Europe.

En terme d'orientation stratégique, l'Ukraine est un pays divisé. Les régions de l'est et du sud (notamment la Crimée) veulent revenir vers la Russie, tandis que celles de l'ouest et du nord veulent s'orienter vers l'Europe. Dans l'avenir prévisible, le cas échéant ce conflit intérieur peut être résolu seulement par la violence, ainsi que les manifestations de masse qui se prolongent à Kiev le laissent à penser. Mais aucune personne raisonnable ne peut véritablement souhaiter un tel dénouement. L'Ukraine a besoin d'une solution pacifique et démocratique qui ne sera trouvée que dans le cadre du statu quo.