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Poutine confronte l’Europe à sa réalité

BERLIN – L’Occident se berce d’illusions sur la Russie de Vladimir Poutine depuis bien trop longtemps – des illusions qui sont désormais éparpillées sur la péninsule de Crimée. L’Occident aurait pu (et aurait du) avoir plus de discernement ; depuis son arrivée au poste de président, l’objectif stratégique de Poutine est de restituer à la Russie son statut de puissance globale.

Pour cela, Poutine s’est reposé sur les exportations énergétiques de la Russie afin de récupérer progressivement les territoires perdus à l’époque de l’effondrement de l’Union Soviétique il y a un quart de siècle. L’Ukraine est au cœur de cette stratégie, parce que sans elle, l’objectif d’une renaissance de la Russie n’est pas réalisable. La Crimée n’est donc que la première cible ; la prochaine sera l’Ukraine orientale, et plus globalement, une constante déstabilisation du pays dans son ensemble.

Nous assistons donc au renversement du système international post-soviétique en Europe de l’est, dans le Caucase et en Asie centrale. Les concepts d’ordre international du dix-neuvième siècle, fondés sur un équilibre des pouvoirs à somme zéro et sur des sphères d’intérêts, menacent de supplanter les normes modernes d’auto-détermination nationale, l’inviolabilité des frontières, l’autorité de la loi, et les principes fondamentaux de la démocratie.

Ce bouleversement aura donc un impact massif sur l’Europe et sur ses relations avec la Russie, dans la mesure où il déterminera si les Européens vivront selon les règles du vingt-et-unième siècle. Ceux qui pensent que l’Occident peut s’adapter à l’attitude russe, comme le suggèrent les apologistes occidentaux de Poutine, risquent de contribuer à une plus forte escalade stratégique, car une approche douce ne ferait qu’encourager le Kremlin.