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Le blues de la Coupe du Monde

MEXICO – L'opinion commune en Amérique latine est que la croissance économique, la démocratie représentative et l'expansion de la classe moyenne ont conduit la région dans un piège, où les attentes des citoyens ont augmenté plus vite que la capacité des gouvernements à les réaliser. Les classes moyennes frustrées ainsi que les secteurs traditionnels se sont fait entendre dans des manifestations et des émeutes et en n'ont pas renouvelé leur confiance en un gouvernement paralysé. Mais peu de personnes s'attendaient à ce que cette marée de frustration menace Juan Manuel Santos en Colombie, le président le plus compétent de toute l'Amérique latine, ni l'une des traditions les plus vénérées, le football brésilien.

Santos a gouverné la Colombie avec audace et efficacité pendant quatre ans. Il a ratifié un accord de libre-échange avec les États-Unis et traité la question de la violation des droits de l'homme par les gouvernements précédents. Mais il a également campé sur ses positions sur les réformes importantes, en dépit des protestations à grande échelle de la part des étudiants, des enseignants, des paysans et des chefs d'entreprise l'an dernier. Même si l'économie n'a pas eu une croissance assez rapide pour répondre à la demande du pays, il s'en est mieux sorti que la plupart des autres dirigeants de la région.

En outre, Santos a assis son objectif politique sur les négociations de paix et de désarmement des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC), le puissant groupe de guérilla (souvent caractérisé comme un mouvement de « narco-guérilla ») qui a fait des ravages dans le pays depuis quatre décennies. Bien que certains progrès aient été accomplis pendant les pourparlers de paix ouverts à Cuba il y a trois ans, les négociations ont avancé lentement, avec des adversaires comme Álvaro Uribe, le prédécesseur de Santos, suffisamment longtemps pour mobiliser l'opinion publique contre les pourparlers.

Profitant de l'opposition généralisée contre l'amnistie pour les dirigeants des FARC (une concession qui serait un élément essentiel pour tout accord), les rivaux de Santos ont transformé le premier tour des élections en un référendum sur les négociations. Santos a perdu le premier tour, avec moins de 5%.