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Jordanie : le pays voisin sous les bombardements

Les Jordaniens ne ferment pas l'oeil de la nuit tandis que le siège de Bagdad se poursuit. Les images qui nous parviennent du pays voisin sont terrifiantes et les Jordaniens sont descendus dans la rue en signe de protestation. Toutefois, tout en contemplant la chute du régime de Saddam, les Jordaniens reconnaissent désormais également que notre propre société entretient des liens extrêmement étroits avec l'Irak et qu'il sera difficile pour la Jordanie de suivre une nouvelle ligne de conduite si les Américains mettent fin au règne de Saddam Hussein.

Au niveau économique, les liens de la Jordanie avec l'Irak sont très forts. La quasi totalité de notre pétrole provient d'Irak à des tarifs fortement attractifs. Le coût de remplacement de ce pétrole selon le cours du marché pourrait s'élever à plus de 600 millions de dollars par an.

L'ancien ministre du Commerce et de l'Industrie, Mohammad al-Samadi, estime que les Irakiens acquièrent plus de 500 millions de dollars de marchandises jordaniennes par an. Notre industrie de camionnage, qui regroupe 5 000 camions principalement familiaux, dépend en grande partie de ce commerce. Le pourcentage de perte de ce marché, particulièrement si le nouveau régime de Bagdad punit la Jordanie pour ses liens étroits avec le gouvernement irakien, constitue une question préoccupante. Fahed al-Fanek, un économiste jordanien de premier plan, estime que la guerre pourrait coûter à la Jordanie 25 % de son PNB, soit environ 2 milliards de dollars.

De telles pertes pourraient se révéler écrasantes et entraîner un accroissement de l'endettement et du déficit budgétaire, menaçant ainsi les accomplissements de toute une décennie d'efforts visant à réformer l'économie. Nous nous préparons déjà à la prolongation des dispositions rigoureuses du programme de réforme du FMI, qui passeraient de cinq à six ans.