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Ce pourquoi Bill Gates est dans l’erreur

NEW YORK – Dans l’examen qu’il fait du livre de Nina Munk, ouvrage obsolète et truffé d’inexactitudes, Bill Gates abandonne curieusement cette rigueur d’approche des mesures et évaluations qui définit pourtant habituellement le précieux travail que fournit sa fondation. Il se contente d’accepter purement et simplement cette affirmation de Munk selon laquelle le projet Villages du Millénaire – initiative de développement actuellement à l’œuvre dans plus de 20 pays africains – aurait échoué. Or, ce projet se révèle en réalité florissant.

Il y a là une crédulité déroutante. Le livre de Nina Munk ne s’intéresse qu’à de courts épisodes relatifs à la première moitié d’un projet mené sur dix ans, se penchant uniquement sur deux des douze villages en question. De plus, comment Bill Gates peut-il affirmer que la journaliste aurait « séjourné pendant de longues périodes au sein des villages du Millénaire » ? Munk n’a en moyenne consacré que six jours par an – soit 36 jours sur une période de six années – à réellement visiter ces villages, bien souvent selon des épisodes de 2 à 3 jours. La journaliste prétend en outre couvrir ce sujet en tant que reporter pour le magasine Vanity Fair, sans pour autant réunir aucune formation ou expérience en matière de santé publique, d’agronomie, d’économie, ni même de développement dans les pays africains.

Plus grave encore, les observations de Munk semblent bien souvent et à tout le moins considérablement exagérées, dans un but purement narratif. Bill Gates me croit-il véritablement disposé à préconiser l’utilisation de certaines cultures spécifiques sans considération de la présence ou non d’un marché susceptible de les intégrer, ou encore négligeant dans la recommandation continue d’une taxation nationale auprès des dirigeants de gouvernement ? Les stratégies agricoles et les choix privilégiés par le PVM émanent par ailleurs d’agronomes africains, parmi les meilleurs du continent – lesquels travaillent bien souvent main dans la main avec les propres équipes agricoles de Bill, dans le cadre de son initiative Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA).

Bill sera sans doute satisfait d’apprendre que le PVM sera soigneusement et professionnellement évalué l’an prochain – en temps opportun, c’est-à-dire à sa conclusion (ainsi qu’à l’achèvement des Objectifs du Millénaire pour le développement en 2015). Cette évaluation se fondera sur un ensemble de données absolument considérables, accumulées au cours de la dernière décennie, ainsi que sur de nouvelles données d’étude étendues qui seront collectées en 2015. De plus, cette évaluation procédera à un certain nombre de comparaisons auprès de zones voisines des Villages du Millénaire. J’espère d’ailleurs que la Fondation Bill & Melinda Gates appuiera le travail d’étude détaillé et supervisé de manière indépendante, nécessaire à une pleine évaluation de ce projet complexe.