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Réveillons-nous avant qu'il ne soit trop tard !

NEW YORK – Examinons ce qui s'est passé dans le monde au cours du mois dernier. En Australie une vague de chaleur a perturbé l'Open de tennis, la température atteignant 45°C, ce qui a fait la une des médias. En Californie une sécheresse catastrophique a contraint le gouverneur à déclarer l'état d'urgence. En Indonésie, de très fortes inondations ont fait des dizaines de victimes, tandis que des dizaines de milliers de personnes ont dû abandonner leur habitation. A Pékin les autoroutes ont été fermés et les avions déroutés, tandis que les habitants étaient contraints de rester chez eux en raison de la pollution de l'air due au charbon. De tels événements sont un avertissement quotidien pour toute la planète. Réveillons-nous avant qu'il ne soit trop tard !

Nous sommes entrés dans l'Age du développement durable.  Soit nous faisons la paix avec la planète, soit nous détruisons la prospérité à laquelle nous sommes parvenus à grand peine. Le choix semble évident, mais nos actes ont plus de poids que nos paroles. Pourtant, animée par une cupidité à courte vue et l'ignorance, l'humanité continue à se diriger vers l'abîme.

Chicago Pollution

Climate Change in the Trumpocene Age

Bo Lidegaard argues that the US president-elect’s ability to derail global progress toward a green economy is more limited than many believe.

La plus grande partie (sinon l'ensemble) de la crise écologique tient  à l'utilisation massive de l'énergie fossile. Plus de 80% de toute l'énergie primaire consommée dans le monde vient du charbon, du pétrole et du gaz. Leur combustion s'accompagne d'émission de dioxyde de carbone qui entraîne le réchauffement climatique. Ce sont des notions de base de physique connues depuis plus d'un siècle.

Malheureusement, quelques compagnies pétrolières (ExxonMobil et Koch Industries sont les plus connues) consacrent d'énormes moyens pour semer la confusion sur des points qui font consensus parmi les scientifiques. Pour sauver la planète telle que nous la connaissons et préserver les sources d'alimentation et le bien-être des générations futures, il n'y a d'autre choix que d'aller vers un nouveau systéme de production d'énergie à faible émission de carbone. Cette transition s'effectuerait dans trois directions :

- Amélioration du rendement des systèmes énergétiques, autrement dit utiliser moins d'énergie pour parvenir au même niveau de bien-être. Il peut s'agir par exemple de la conception de bâtiments qui utilisent la lumière naturelle et la circulation d'air pour le chauffage, le refroidissement et la ventilation.

- Passage à l'énergie solaire, éolienne, hydroélectrique, nucléaire et aux autres formes d'énergie autres que fossiles. Les technologies existantes permettent d'utiliser ces énergies alternatives en toute sécurité, à un prix abordable et à une échelle suffisante pour remplacer la presque totalité du charbon et une grande partie du pétrole que nous utilisons aujourd'hui. Seul le gaz naturel (la substance fossile dont la combustion est la moins polluante) serait utilisé comme source d'énergie fossile d'importance vers la moitié du siècle.

- Enfin, dans la mesure où l'on continue à recourir aux énergies fossiles, capture du COproduit par les centrales. Le COne serait donc plus relâché dans l'atmosphère, mais injecté dans le sous-sol ou sous les fonds océaniques pour y être stocké. La capture et la séquestration du carbone (CSC) est déjà utilisée avec succès à une très petite échelle (essentiellement pour améliorer la récupération du pétrole dans les puits en voie d'épuisement). Si (et seulement si) cette technique peut être utilisée à grande échelle, des pays dépendants du charbon comme la Chine, l'Inde ou les USA pourront continuer à utiliser leurs réserves.

Les dirigeants américains se montrent incapables de concevoir une politique de transition vers les sources d'énergie à faible émission de carbone. Une telle politique inclurait une taxe progressive sur les émissions de CO2, des investissements massifs en faveur de la recherche et du développement en matière de technologies à faible émission de carbone, le passage à la voiture électrique et une réglementation pour mettre fin aux centrales à charbon, à l'exception de celles qui installeront des systèmes de capture du carbone.

Pourtant les dirigeants politiques n'appliquent vraiment aucune de ces mesures. Les opposants à la lutte contre le réchauffement climatique dépensent des milliards de dollars pour faire pression sur les décideurs politiques, soutenir les défenseurs des énergies fossiles lors des élections et vaincre les candidats qui favorables aux énergies propres. Le parti républicain reçoit des fonds énormes des opposants à la décarbonisation, et les donateurs combattent avec agressivité la moindre mesure en faveur des énergies renouvelables. Au Congrès, beaucoup d'élus du parti démocrate appartiennent eux aussi au camp favorable aux énergies fossiles.

Quelques grands acteurs du secteur énergétique qui ne se préoccupent aucunement de la vérité (et encore moins de l'avenir de nos enfants qui supporteront les conséquences de nos errements) font alliance avec Rupert Murdoch. Ce dernier, avec les frères Koch et leurs alliés, nient les vérités scientifiques comme le fait l'industrie du tabac - et ils vont jusqu'à recourir aux mêmes experts.

Partout dans le monde la situation est sensiblement la même. Lorsque de puissants lobbies défendent les intérêts des compagnies minières et pétrolières, les responsables politiques ont peur de dire la vérité quant à la nécessité d'une énergie à faible émission de carbone. Ceux qui disent la vérité sur le réchauffement climatique se trouvent essentiellement dans des pays où le lobby des énergies fossiles n'est pas trop puissant.

Examinons le cas d'un responsable politique courageux qui ne s'est pas incliné. Alors que son pays produit du charbon, l'ancien Premier ministre australien Kevin Rudd a essayé de mettre en œuvre une politique favorable aux énergies propres. Mais il a été battu largement lors des dernières élections par un candidat soutenu par l'alliance des journaux associés à Murdoch et des compagnies minières. Les tabloïdes de Murdoch propagent une propagande pseudo-scientifique qui s'oppose à la lutte contre le réchauffement climatique, non seulement en Australie, mais également aux USA et ailleurs.

Cela se passe ainsi parce que la voie d'une véritable décarbonisation est ouverte. Mais il reste très peu de temps. Il faut arrêter de construire des centrales à charbon (sauf celles qui disposent d'un système de capture du carbone) et basculer vers une production d'électricité à faible émission de carbone. Il faut arrêter pratiquement toute la production de véhicules à essence vers 2030 et les remplacer par des véhicules électriques. Il  faut également généraliser les économies d'énergie. Les technologies sont disponibles pour tout cela et elles deviendront plus efficaces et meilleur marché au fur et à mesure de leur utilisation - à condition de brider les lobbies des énergies fossiles.

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Si nous y réussissons, non seulement nous aurons sauvé la planète pour la génération suivante, mais nous bénéficierons pleinement de la lumière du soleil et d'un air sain et non pollué. Nous nous demanderons alors pourquoi cela nous a pris tellement de temps, alors que la Terre était en danger.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz