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La nécessaire mondialisation de la sécurité européenne

MADRID – La sécurité mondiale – à savoir l’existence d’un environnement de paix sécurisé et libre de conflit – constitue un bien commun. Autrement dit, il s’agit d’une chance dont bénéficie chaque citoyen et chaque pays de la planète, indépendamment de sa contribution à cet objectif. Ainsi le statut de resquilleur se révèle-t-il bien souvent tentant, consistant à tirer parti de ce bien collectif sans pour autant s’investir activement en sa faveur. Or, en matière de stabilité planétaire, le monde ne peut tout simplement se permettre de voir l’Europe compter parmi ces passagers clandestins.

Bien évidemment, compte tenu du passé de violence ayant marqué l’Europe, la principale contribution de l’Union européenne en faveur de la sécurité internationale a consisté à veiller à la stabilité de sa propre région. Aujourd’hui, bientôt un siècle après l’explosion de la Première Guerre mondiale, la paix et la stabilité se trouvent en effet solidement ancrées en Europe.

D’autres régions présentent en revanche davantage de volatilité et d’instabilité. Un certain nombre de poudrières stratégiques telles que le Moyen-Orient ou l’Asie du Sud-Est ne bénéficient pas par exemple des structures sécuritaires régionales dont dispose l’Europe. La proximité géographique du Moyen-Orient est telle que l’Europe ne peut l’ignorer, tandis qu’il y aurait une folie à négliger le poids économique de l’Asie du Sud-Est.

L’UE constitue aujourd’hui la plus grande économie de la planète, forte d’un PIB annuel de plus de 15 500 milliards € (21 300 milliards $), ainsi que sa première puissance commerciale, représentant 20% des échanges mondiaux. L’UE devrait ainsi clairement aspirer à accroître sa contribution en faveur de la sécurité mondiale au-delà du simple maintien de la paix entre ses États membres. L’Europe ne saurait se reposer sur ses lauriers dans le contexte actuel – et d’autant plus en présence d’une Amérique déterminée à s’extraire des deux guerres passées, et confrontée à des pulsions isolationnistes.