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Gouvernance japonaise : l’enlisement

OSAKA – Après avoir connu un nouveau Premier ministre tous les ans pendant cinq années consécutives, il s’en est fallu de peu pour que le Japon connaisse son troisième en un an. Naoto Kan vient d’être réélu à la direction du parti au pouvoir, le Parti démocrate du Japon (PDJ), gagnant un défi lancé par Ichirô Ozawa, le membre du PDJ le plus influent en coulisses. S’il avait devancé Nan, ce dernier aurait perdu son poste de Premier ministre.

Comme les décisionnaires du PDJ restent très partagés, la victoire de Kan est attribuée au soutien des membres généraux et associés du parti. Leur vote concorde avec les récents sondages d’opinion révélant que le peuple soutient à 7 contre 2 Kan plutôt qu’Ozawa.

Il y a trois mois, Kan a été choisi comme numéro un du PDJ dans le but de restaurer son image sévèrement ternie par des scandales politico-financiers auxquels son prédécesseur Yukio Hatoyama était mêlé et par un autre scandale isolé impliquant Ozawa. La gestion désastreuse de la relation avec les Etats-Unis par Hatoyama, centrée sur le déménagement d’une base de US Marines à Okinawa, avait aussi ébranlé l’assise du PDJ.

Dès l’arrivée au pouvoir du PDJ en 2009, Kan a été tacitement adoubé successeur de Hatoyama, puisqu’il était à la fois vice-Premier ministre et ministre des finances. Dans l’exercice de ces deux fonctions, Kan a évité de se prononcer sur les deux points qui ont ruiné le mandat de Hatoyama en tant que chef de gouvernement : la question très controversée du déplacement de la base et les débats concernant les restrictions budgétaires. En conséquence, il restait à l’écart des querelles que le PDJ entretenait avec les hauts fonctionnaires japonais si puissants, qui s’efforcent désespérément de sauvegarder le système bureaucratique législatif par lequel le Parti libéral démocrate (PLD) aux commandes à l’époque faisait passer des lois et des budgets appuyés par le cabinet par un système de passe-droits et de « mandarinage » presque sans relâche cinquante ans durant.