Italys Prime Minister Giuseppe Conte looks on during a confidence debate at the Senate ANDREAS SOLARO/AFP/Getty Images

Quand le populisme revient faire la loi chez lui

ROME – Les discussions au sujet de l'euro contiennent habituellement des propositions pour que des arrangements financiers complexes établissent la « résilience » contre le prochain choc économique. Pourtant le choc auquel nous assistons actuellement est politique. Les populistes progressent dans toute l'Union européenne et l'Italie, un membre fondateur, est à présent gouvernée par une coalition eurosceptique comportant le parti populiste Mouvement cinq Étoiles (M5S) et le parti nationaliste de la Ligue.

Comme cela se vérifie toujours lorsque des forces opposées au pouvoir en place prennent le pouvoir dans un pays du G-7 ou de l'UE, la question est maintenant de savoir ce qui va suivre et s'il y a un retour possible à la normale. Dans le cas de l'Italie, il est trop tôt pour le dire. Mais en attendant, nous pouvons réfléchir sur les leçons que peuvent en tirer les Européens pendant qu'ils tentent de contenir la marée populiste.

La leçon principale est que les pays européens ne peuvent pas tenir tête à la réapparition actuelle du nationalisme et du chauvinisme populistes à moins de coopérer. Malheureusement, la réponse aux victoires populistes jusqu'à présent a été semblable à la réponse au protectionnisme dans les années 1930, où chaque pays a tenté de reporter le problème sur les autres jusqu'à ce qu'il finisse par se retourner contre chacun d'entre eux.

En 2015, le Premier ministre de l'Italie Matteo Renzi a convaincu la Commission européenne que son gouvernement avait besoin de plus de « flexibilité » pour le déficit budgétaire afin de tenir à distance le M5S. Cet assouplissement des règles budgétaires de l'UE, sans grande surprise, a exaspéré l'opinion publique allemande et ravivé le soutien en faveur de Alternative für Deutschland (AfD), le principal parti d'opposition au Bundestag. Mais naturellement, la colère populaire est également ce qui a forcé le gouvernement allemand à imposer des conditions trop strictes à la Grèce en 2015, ce qui a également déclenché une révolte populiste dans ce pays.

De même, la colère populiste aux Pays-Bas et en Allemagne à propos des sauvetages bancaires a conduit à la législation stricte anti-renflouement au niveau de l'UE après la crise financière de 2008. Mais cette législation a alors prolongé la pénurie de crédit de l'Italie, ce qui a à son tour déclenché une vague de populisme dans ce pays. Ensuite s'est produit le début de la crise des réfugiés, quand l'Italie a fait refluer ses migrants vers les Alpes, en externalisant pour une grande part le problème vers la France et l'Autriche. Cela a stimulé les perspectives électorales du parti ultra-nationaliste autrichien Parti de la liberté ainsi que l'extrême-droite française du Front national. Par la suite l'Autriche et la France ont fermé leurs frontières, ce qui a préparé le terrain à la Ligue, qui a profité de la colère de l'opinion publique au sujet de l'immigration.

Naturellement, les racines du revers populiste de l'Italie sont également nationales et historiques. En raison des échecs des gouvernements passés, l'Italie n'a pas connu de croissance du PIB par habitant depuis deux décennies. Et la productivité dans le secteur des services - qui est la concurrence mondiale la moins exposée - est stagnante depuis les années 1990.

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Ces problèmes sont le fait de l'Italie et d'elle seule. Après 1945, l'Italie a réformé ses institutions politiques mais a échoué à mettre en place les changements nécessaires pour son économie. Bien que ce pays ait évolué de la dictature à la démocratie, les pièges du système fasciste ont survécu dans une approche corporatiste de la réglementation du marché et par l'intervention généralisée des pouvoirs publics dans les finances et dans l'industrie. Quelques dispositifs de l'ancien système ont continué de disparaitre après 1992 sous le Traité de Maastricht, mais d'autres ont persisté.

Par exemple, en raison de la négociation centralisée des salaires, la rémunération moyenne dans le secteur privé est seulement de 6 % inférieure dans le Sud de l'Italie par rapport au Nord, bien que l'avance de productivité du Nord par rapport au Sud soit bien plus grande. Dans de telles conditions, il n'y a aucune bonne raison d'investir où que ce soit au Sud de Rome, ce qui explique pourquoi le PIB par habitant de la région ait chuté à 30 % en-dessous de la moyenne de la zone euro depuis 2001. Dans ce contexte, il n'est pas étonnant que 47 % des habitants du Sud aient voté pour le M5S, dont la proposition d'une subvention universelle conviendrait bien à une économie retenue par le corporatisme de l'ère fasciste.

Le corporatisme est tout simplement incompatible avec une union monétaire. Pourtant il est difficile à reformer en raison des dépendances qu'il crée. C'est pourquoi les multiples gouvernements passés n'ont pas modernisé l'économie. Une fois que Silvio Berlusconi a été évincé du poste de Premier ministre en 2011, le technocrate Mario Monti a pris certaines mesures, mais à l'approche des élections, ses progrès se sont retrouvés au point port. Renzi a également poursuivi des réformes limitées, mais il a par la suite été victime de son ego démesuré.

Mais même avec des dirigeants plus efficaces, l'Italie aurait fait face aux vents contraires de l'UE. La réponse budgétaire conservatrice à la récession post-2008, associée à une Banque centrale européenne hésitante avant juillet 2012, a conduit à une austérité excessive, qui a fait de gros dégâts dans la bourgeoisie italienne, en la poussant vers le populisme. Quand Monti est entré en fonctions en novembre 2011, le M5S et la Ligue du Nord (comme on l'appelait alors) représentaient alors moins de 10 % ; aujourd'hui, ce chiffre est bien au-dessus de 50 %.

L'Italie a dépensé une fraction de ce que de nombreuses autres économies avancées ont rassemblé (comme part du PIB) pour sauver les banques après la crise de 2008. Mais son brusque renflouement en 2015 a forcé les petits épargnants à subir des pertes, ce qui a relancé le mouvement M5S au moment même où ses heures étaient comptées. Rétrospectivement, les pertes financières des Italiens ordinaires, associées au sentiment que l'UE l'avait laissée se débrouiller toute seule avec la crise des réfugiés, ont rendu inévitable un retour de bâton populiste.

La situation politique de l'Italie montre le degré de toxicité de l'approche du populisme par l'Europe. Alors que les politiciens traditionnels de l'UE tentent de protéger leurs flancs contre des menaces populistes au niveau national, les défenses qu'ils élèvent attisent le populisme dans les pays voisins. Le résultat est un effet domino, qui est devenu la principale menace contre l'avenir de l'euro et de l'UE.

Les politiciens traditionnels n'ont pas réussi à se rassembler pour combattre le populisme parce qu'ils sont concentrés exclusivement sur leurs propres carrières et sur les prochaines élections. Mais tôt ou tard, ils devront se rendre compte qu'une stratégie protectionniste reviendra toujours les hanter en fin de compte. C'est pourquoi l'Italie, comme la Grèce en 2015, pourrait bientôt constituer une menace pour l'Europe tout entière.

http://prosyn.org/IktFJqQ/fr;

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