0

La renaissance oubliée de l’Islam

Les enfants jouent souvent à un jeu où ils sont assis en cercle. Le premier chuchote quelque chose à l’oreille de son voisin qui chuchote, à son tour, le premier message à l’enfant suivant et ainsi de suite tout autour du cercle. Quand le dernier enfant retransmet l’information au premier, le dernier message est complètement différent du message originel.

Il semblerait qu’un tel phénomène se soit produit au sein de l’Islam. Mohammed, le Prophète de l’Islam a transmis une – et une seule – religion. Or, actuellement, nous observons l’émergence d’un millier de religions qui revendiquent toutes être la religion de l’Islam.

Erdogan

Whither Turkey?

Sinan Ülgen engages the views of Carl Bildt, Dani Rodrik, Marietje Schaake, and others on the future of one of the world’s most strategically important countries in the aftermath of July’s failed coup.

Divisés par leurs différentes interprétations, les musulmans ne jouent plus le rôle qu’ils jouaient autrefois dans le monde. Ils sont plutôt affaiblis et persécutés. Le schisme entre les chiites et les sunnites est si profond que chaque camp accuse les disciples de l’autre d’être des infidèles, des kafir. La croyance selon laquelle la religion de l’autre n’est pas islamique et ses disciples ne sont pas musulmans a provoqué de nombreuses guerres internes où des millions de personnes sont mortes et continuent à mourir.

Au sein même du Sunnisme et du Chiisme, l’on distingue de nombreuses subdivisions. Les sunnites ont quatre imams alors que les chiites en ont douze. Leurs enseignements sont complètement différents. Ensuite, l’on trouve les sous-groupes des druzes, des alawites et des wahhabites.

Nos oulémas (professeurs de religion) nous ont aussi appris à ne pas remettre leurs enseignements en question. L’Islam est une religion à laquelle on doit croire. Nulle place pour la logique et la raison dans tout cela. Mais que devons-nous croire si chaque branche de l’Islam pense que l’autre se trompe ? Il ne faut pas oublier, après tout, que le Coran n’est qu’un seul et unique livre et non pas deux ou trois, voire un millier de textes différents.

Selon le Coran, celui qui témoigne qu’« il n’y a pas d’autre Dieu qu’Allah et que Mohammed est son rasoul (son messager) » est musulman. Si aucune autre condition n’est ajoutée, tous ceux qui souscrivent à ce précepte doivent être considérés comme musulmans. C’est parce que les musulmans aiment bien ajouter des conditions, provenant souvent d’autres sources que le Coran, que l’unité de notre religion a été détruite.

Or, le plus grand problème actuel de l’Islam pourrait bien être l’isolation progressive de son savoir -et de son mode de vie- par rapport au reste du monde moderne. Nous vivons à une époque de la science où l’ont peut prévoir l’imprévisible, entendre et voir ce qui se passe dans l’espace et cloner des animaux. Tous ces phénomènes semblent contredire notre foi dans le Coran.

Nous en sommes là parce que les interprètes du Coran ne reçoivent qu’un enseignement religieux et n’apprennent que les lois et les pratiques coraniques. Ils sont ainsi incapables de comprendre les miracles actuels de la science. Les fatwas (opinions juridiques concernant le droit islamique) qu’ils prononcent semblent alors déraisonnables et sont rejetées par les scientifiques.

Un professeur de religion érudit, notamment, n’a pas voulu reconnaître qu’un homme avait marché sur la lune. D’autres déclarent que la création du monde remonte à 2 000 ans à peine. L’âge de l’univers et ses distances mesurées en années-lumières sont des faits que les oulémas ne peuvent absolument pas comprendre en raison de l’enseignement uniquement religieux qu’ils ont reçu.

Cette erreur est essentiellement responsable de la triste situation actuelle de nombreux musulmans. L’oppression, les meurtres et les humiliations qui pèsent aujourd’hui sur les musulmans n’ont lieu que parce que nous sommes faibles, contrairement à nos prédécesseurs. Nous pouvons nous sentir persécutés et également critiquer nos oppresseurs, mais pour les arrêter, nous devons absolument commencer par balayer devant nos portes. Nous nous devons de changer pour notre propre bien. Nous ne pouvons pas demander à nos détracteurs de changer pour le bien des musulmans.

Et que devons-nous faire alors ? Jadis, les musulmans tiraient leur puissance de leur savoir. Mohammed avait donné l’ordre de lire, or, le Coran ne précise pas ce que nous devons lire. Autrefois en effet, il n’existait pas de « savoir musulman ». C’est pourquoi l’injonction de lire revenait à lire tout ce qui pouvait être lu. Les premiers musulmans ont lu les œuvres des scientifiques, des mathématiciens et des philosophes grecs. Ils ont également étudié les travaux des Perses, des Indiens et des Chinois.

L’épanouissement des sciences et des mathématiques découle de cette soif de savoir. Les érudits musulmans ont beaucoup apporté à la connaissance en général et ont créé de nouvelles disciplines scientifiques telles que l’astronomie, la géographie et de nouvelles branches des mathématiques. Ils ont introduit les nombres et développé le calcul, sous sa forme la plus simple et la plus illimitée.

Cependant, vers le 15è siècle, les savants musulmans ont commencé à s’éloigner des disciplines scientifiques pour se tourner vers l’étude des seuls textes religieux. Selon eux, seuls ceux qui s’adonnaient à cet apprentissage - la jurisprudence islamique essentiellement – s’ouvraient la porte vers le paradis. Ainsi, au moment-même où l’Europe s’appropriait le savoir scientifique et mathématique, les musulmans s’enlisaient dans une régression intellectuelle.

Et c’est pourquoi, alors même que nous régressions, l’Europe renaissante commençait à éclore. Les Européens se sont mis à développer des méthodes plus appropriées pour répondre à leurs besoins et ont commencé, par exemple, à fabriquer des armes, ces armes qui leur ont finalement permis de dominer le monde.

En revanche, les musulmans ont fatalement affaibli leurs possibilités d’autodéfense en négligeant, voire en rejetant, l’étude laïque des sciences et des mathématiques. Cette myopie reste une source fondamentale de l’oppression qui pèse actuellement sur les musulmans. Nombreux sont les musulmans qui continuent aujourd’hui encore à condamner Mustafa Kemal, le fondateur de la Turquie moderne, parce qu’il a tenté de moderniser son pays. Or, la Turquie serait-elle musulmane aujourd’hui sans Atatürk ? La clairvoyance de Mustafa Kemal a protégé l’Islam en Turquie et a sauvé la Turquie pour le bien de l’Islam.

Support Project Syndicate’s mission

Project Syndicate needs your help to provide readers everywhere equal access to the ideas and debates shaping their lives.

Learn more

L’erreur de compréhension et d’interprétation du véritable message du Coran n’a fait que plonger les musulmans dans le malheur. En limitant nos lectures aux textes religieux, en négligeant la science moderne, nous avons détruit la civilisation musulmane et perdu notre chemin dans le monde.

Le Coran dit « Allah ne changera pas notre malheureuse situation si nous ne faisons pas nous-mêmes les efforts pour la modifier. » De nombreux musulmans continuent d’ignorer cela et prient seulement Allah de nous sauver et de nous redonner notre gloire perdue. Or, le Coran n’est pas un porte-bonheur accroché autour du cou pour nous protéger du mal. Allah ne vient en aide qu’à celui qui ouvre son esprit.