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Peut-on réformer en France ?

Cela a commencé, il y a tout juste un an, avec le non des Français au référendum sur la Constitution européenne. Cela a continué, l’automne dernier, avec la vague de violences dans les banlieues. Depuis quelques semaines, enfin, la France se signale à nouveau à l’attention du monde avec les manifestations de rue contre le « contrat de première embauche » (CPE) proposé par le Premier ministre Dominique de Villepin pour répondre à la grave crise du chômage des jeunes.

Ces trois évènements, pour différents qu’ils soient, ont en commun d’illustrer plusieurs traits profonds de la vie sociale en France.

Il y a d’abord l’évidente difficulté ressentie par le pays à s’accommoder des contraintes de la mondialisation. Le non au référendum, en avril 2005, exprimait, au-delà des mécontentements conjoncturels, le rejet, par une partie importante de l’électorat, les disciplines imposées par l’Union européenne, notamment, la libre circulation des personnes, des marchandises et des capitaux, ainsi que le primat de la concurrence qui en résulte. Les violences dans les banlieues exprimaient plutôt la frustration ressentie face à l’absence de perspectives que l’économie moderne offre à une population jeune, déboussolée et dépourvue de formation. Cette fois-ci, c’est toute une classe d’âge, celle des jeunes, diplômés ou non, qui, en combattant le CPE, rejette une précarité qui rompt avec la sécurité de l’emploi dont bénéficiaient leurs parents dans un contexte économique profondément différent.

Pourtant, l’impératif de flexibilité, qui a accompagné depuis quelques décennies les changements des règles du jeu économique, parait avoir été plus aisément accepté dans la plupart des autres pays européens. En Espagne, pourtant dirigée par un gouvernement socialiste, une proportion importante de la population salariée – de l’ordre d’un tiers – est régie par des contrats à durée déterminée : et le pourcentage est encore plus élevé pour les jeunes. En Italie, la loi Treu, votée dès 1997 sous le gouvernement Prodi, a introduit dans le contrat de travail une flexibilité accentuée en 2003 par la loi dite Biagi. En Allemagne, le contrat de coalition entre le SPD et la CDU incluait jusqu’ici l’extension de la période d’essai, au cours de laquelle les licenciements peuvent intervenir sans motivation, de six mois à deux ans, précisément le délai prévu par le projet français du CPE. Tout se passe comme si les évolutions constatées étaient acceptées comme inévitables.