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La Colombie: un nouveau Vietnam?

BOGOTA - La production de cocaïne augmente, les pourparlers de paix avec la guérilla gauchiste sont dans l'impasse. Le plan Colombie des Etats-Unis qui s'élève à un montant de 1,8 milliards de dollars doit servir en principe à former et à équiper des forces spéciales anti-drogue pour éradiquer la production de coca; mais il paraît maladroit et semble constituer une ingérence intéressée dans les affaires d'un pays voisin vulnérable. L'état de la Colombie est si inquiétant qu'une partie de l'opinion publique américaine craint que le pays ne devienne un nouveau Vietnam.

Il y a dix ans, la situation paraissait radicalement différente. A cette époque, les Colombiens se réjouissaient à la perspective de la paix, du changement politique et de l'essor économique. Le président qui venait d'être élu, Cesar Gaviria, rappelait Kennedy par sa jeunesse et son allure; il avait terminé son discours d'investiture par ces mots "Colombiens, soyez les bienvenus dans le monde de demain".

La démobilisation récente de l'Armée populaire de libération (EPL), l'un des groupes armés antigouvernementaux les plus importants, était présente dans tous les esprits, et l'on croyait que les négociations menées durant la période 1991-1992 avec les deux autres forces antigouvernementales, l'Armée de libération nationale (ELN) et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), allaient mettre fin à une guérilla interminable.

La tolérance dont jouissaient les barons de la drogue - le plus célèbre d'entre eux, Pablo Escobar, avait été élu au Congrès colombien - commençait à disparaître. C'était le moment du démantèlement du cartel de Medelin qui semblait traduire une rupture avec l'époque précédente qui s'était achevée par le meurtre de trois des candidats à l'élection présidentielle de 1990, Luis Carlos Galan, Bernardo Jaramillo et Carlos Pizarro. Ces crimes politiques poussaient aussi à engager des réformes. Le Congrès, irrémédiablement corrompu aux yeux de la majorité des Colombiens, avait été dissout et une Assemblée rassemblant les principaux courants politiques avait été élue pour élaborer une nouvelle Constitution en remplacement de celle de 1886.