16

Apple, Bruxelles, et la malheureuse souveraineté de l’Irlande

ATHÈNES – Profondément attachés à l’Europe, les Irlandais sont pourtant sérieusement malmenés par l’Union européenne.

Lorsque les électeurs irlandais ont rejeté le traité de Lisbonne en 2008, l’UE leur a imposé de voter à nouveau, jusqu’à ce qu’ils se prononcent en faveur de la « bonne » décision. Un an plus tard, au moment où l’implosion des banques irlandaises privées menaçait de provoquer de sérieuses pertes pour les créanciers privés du pays (principalement allemands), Jean-Claude Trichet, alors président de la Banque centrale européenne, a immédiatement « informé » le gouvernement irlandais que le BCE fermerait les distributeurs de billets sur l’île d’émeraude à moins que les contribuables irlandais, non avertis, indemnisent les banques allemandes.

Contrainte d’acquiescer, l’Irlande a vu sa dette publique exploser, et ses citoyens s’expatrier à nouveau, ce qui a provoqué dans le pays un affaiblissement et une morosité qui demeurent d’actualité. L’UE refusant encore à ce jour de procéder à l’allégement significatif d’une dette injustement supportée par la jeune génération, les Irlandais restent convaincus, et à juste titre, que l’UE a bel et bien violé leur souveraineté au nom de banquiers étrangers.

Face à la déflation de la dette qui en a résulté, le principal atout de l’Irlande a résidé dans sa capacité à attirer des géants technologiques américains, à travers une proposition combinant droit de l’UE, main-d’œuvre anglophone suffisamment formée, et impôt sur les sociétés de 12,5 %. Bien que l’arrivée de sociétés écrans liées à des conglomérats technologiques mondiaux n’ait que peu impacté favorablement les revenus de la plupart des ménages du pays, l’establishment irlandais est fier des liens créés aves des sociétés comme Apple. Mais voici que la Commission européenne vient mettre en péril cette relation particulière entre le gouvernement et Apple, en imposant à l’Irlande d’exiger d’Apple le remboursement de 13 milliards € d’avantages fiscaux.