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L’euroscepticisme soit loué !

BRUXELLES – L’UE n’a pas de stratégie cohérente pour bon nombre de questions. Elle n’a que de vagues politiques économiques à l’égard de la Russie ; des ambitions, mais pas de tactique pour devenir un acteur au Proche-Orient ; et si elle dirigeait le Protocole de Kyoto à l’origine, elle n’avait aucun programme de remplacement pour le réchauffement climatique. Qui plus est, les responsables de l’élaboration des politiques au niveau européen ne se sont quasiment pas penchés sur la question primordiale : comment nouer le dialogue avec la Chine, l’Inde et d’autres futurs géants ?

C’est maintenant qu’il faut répondre à cette question. Pour mettre au point de nouvelles stratégies mondiales, il est nécessaire de solliciter les critiques, plutôt que de les éviter. Si elle veut se tourner vers l’avenir et ne plus être centrée sur elle-même, l’UE doit concilier les points de vue fort différents des pays qui la composent sur sa place dans le monde et sur ce qu’il y a de mieux pour elle. Cela signifie qu’elle doit composer avec les avis politiques divergents que la Commission européenne et le Parlement européen qualifient d’« eurosceptiques ».

On peut s’attendre à ce qu’avec les pressions contraires, les eurocrates ne se sentent délaissés et sous‑estimés. Bon nombre de hauts fonctionnaires craignent que le fait d’aviver les désaccords des électeurs européens n’entrave un jour l’unité européenne.

L’euroscepticisme représente donc tout ce que les eurocrates détestent. Les politiciens et les journalistes s’opposant à leurs stratégies de rapprochements économique et politique risquent, selon eux, de faire pencher la balance de l’opinion publique en défaveur de l’Union. Les eurosceptiques élus au Parlement européen sont souvent traités avec le dédain que les vrais adeptes réservent aux infidèles.