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Comment sauver le Brésil

SAO PAULO – La crise politique au Brésil semble approcher d’un dénouement. Maintenant que la chambre des députés du Congrès national a voté en faveur de la destitution de la présidente Dilma Rousseff, pour avoir maquillé les comptes publics, les 81 sénateurs devront prochainement se prononcer sur un procès formel de destitution de la présidente. Si plus de la moitié d’entre eux votent en ce sens, elle sera mise à l’écart pendant 180 jours, période pendant laquelle la présidence sera assurée par le vice-président Michel Temer. Si le Sénat n’approuve pas la destitution à une majorité des deux tiers, Rousseff retournera à ses fonctions. Mais l’issue la plus probable est que Temer exercera la présidence pendant les deux dernières années du mandat de Rousseff.

Quelle que soit le dénouement de la crise, le Brésil n’est pas tiré d’affaire. Sa situation économique est désastreuse – un résultat direct des politiques populistes mises en place par le prédécesseur de Rousseff, le président Luiz Inacio Lula da Silva, et qu’elle a poursuivies. Au début des années 2000, le gouvernement Lula, profitant d’un énorme apport de liquidités lié au boom des matières premières, a mis en place un programme de crédits subventionnés à l’intention des consommateurs et des entreprises, maintenant les prix de l’énergie artificiellement bas et portant les dépenses publiques à plus du double du taux de croissance du PIB, avec pour résultat une envolée de la dette publique, actuellement à 70 pour cent du PIB, et un déficit croissant, qui atteint aujourd’hui près de 11 pour cent du PIB.

Au lieu de reconnaître le problème et de prendre les mesures appropriées, Rousseff aurait eu recours à des subterfuges comptables douteux qui donnaient selon toutes apparences les moyens au gouvernement d’atteindre son objectif en matière d’excédent primaire sans réduire les prestations sociales, alors que les prix des matières premières chutaient. Cette tactique lui a permis d’être réélue en 2014 – et la mène aujourd’hui sur la voie de la destitution. (L’énorme scandale de corruption, dans lequel est impliqué Petrobras, la compagnie pétrolière d’État, supervisée par Dilma Rousseff alors qu’elle était ministre de l’Énergie, lui porte également préjudice).

Bien entendu, Rousseff n’est pas la seule à souffrir des conséquences de ces manœuvres. Le Brésil est aujourd’hui confronté à la pire récession depuis 80 ans ; le taux de chômage atteint près de 10 pour cent, tandis que l’inflation dépasse 10 pour cent par an ; et le niveau de vie a chuté. Alors que les Brésiliens paient l’équivalent de 37 pour cent du PIB en impôts – un taux comparable à celui des pays européens – la qualité des services publics laisse à désirer.