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Comment tuer le dollar

BERKELEY – Le dollar a eu ses hauts et ses bas, mais depuis quelques temps ce sont les bas qui dominent. Compte tenu de l'inflation, depuis 10 ans le billet vert a perdu plus du quart de sa valeur par rapport aux autres devises. Il a baissé de presque 5% depuis le début de l'année, pour s'approcher de son niveau plancher depuis l'abandon du système de change pratiquement fixe de Bretton Woods.

Voici la première explication qui vient à l'esprit : les taux d'intérêt proches de zéro de la Réserve fédérale américaine incitent les investisseurs à se détourner du dollar pour acquérir des actifs étrangers qui rapportent davantage. Comme on pouvait s'en douter, les critiques ne se sont pas fait attendre. La banque centrale américaine serait responsable de la dépréciation du dollar, elle érode son pouvoir d'achat, et par conséquent le niveau de vie des Américains. Pire encore, la Fed jouerait avec le feu. Son incapacité à défendre le dollar pourrait déclencher une crise de confiance. A moment donné, sa tolérance à l'égard de la faiblesse du dollar sera considérée comme un engagement insuffisant en faveur de la stabilité des prix. Déçus, nombre d'investisseurs vont alors se débarrasser de leurs bons du Trésor américains. Les revenus obligataires exploseront et le dollar dégringolera. Ce sera une catastrophe financière et le début d'une énorme récession.

Tout ce qui fait peur permet aux journaux d'augmenter leur tirage, mais cette effervescence autour de la Fed est exagérée. Le passé montre qu'une chute de 10% du dollar se traduit par une hausse d'un point de pourcentage de l'inflation. Autrement dit, la chute de 5% du dollar jusqu'à présent cette année n'a entraîné qu'une hausse d'un demi-point de pourcentage de l'inflation. Par ailleurs l'inflation est sous contrôle. Les prix de l'alimentation et de l'essence ont augmenté, mais ce n'est pas le cas de celui de la main d'ouvre - ce qui n'est pas étonnant, étant donné le taux de chômage qui est à 9%. Dans ce contexte, la Fed peut se permettre de maintenir sa position de laisser-faire à l'égard du dollar.

Même si le président de la Fed, Ben Bernanke, lors de sa récente conférence de presse a célébré le "dollar fort", la Fed préfère sans doute qu'il soit à la baisse. La demande intérieure restant faible, le dollar faible est une manière de soutenir les exportations pour relancer une économie anémiée.