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Comment les inégalités ont aggravé la crise

CHICAGO – Avant la récente crise financière, les responsables politiques des deux côtés du spectre politique américain ont incité Fannie Mae et Freddie Mac, les géants du crédit immobilier soutenus par le gouvernement, d’appuyer les prêts à l’intention des faibles revenus de leurs circonscriptions. Mais derrière ce regain de passion pour l’accès à la propriété des plus démunis se cache une inquiétude plus profonde : l’inégalité croissante des revenus.

Depuis les années 70, les salaires des employés au 90ème percentile de l’éventail des salaires américains – comme les cadres supérieurs – ont augmenté beaucoup plus rapidement que les revenus des salaires moyens (au 50ème percentile), comme ceux des ouvriers et des employés de bureau. Un certain nombre de facteurs expliquent cette hausse du différentiel 90/50.

Le plus important est peut-être que le progrès technologique aux Etats-Unis exige toujours plus de compétences de la part de la force de travail. Si il y a quarante ans, il n’était exigé des employés de bureau qu’un niveau baccalauréat, le niveau licence est à peine suffisant aujourd’hui. Mais le système éducatif n’a pas été capable de garantir une éducation suffisante à l’ensemble de la force de travail. Parmi les raisons que l’on peut avancer : la médiocrité de l’alimentation, de la socialisation et de l’enseignement des plus jeunes, mais aussi un dysfonctionnement des écoles primaires et secondaires qui laissent trop d’Américains mal préparés pour les études supérieures.

La conséquence au jour le jour pour la classe moyenne se traduit par une stagnation des salaires et une plus grande insécurité de l’emploi. Les responsables politiques sont conscients des difficultés de leurs concitoyens mais il est difficile d’améliorer la qualité de l’éducation, car cela nécessite un changement de politique réelle et efficace dans un milieu dans lequel trop d’intérêts particuliers prônent l’immobilisme.