3

Éviter l'Algérie en Egypte

PORTO – Le coup d'Etat militaire qui a renversé le premier Président démocratiquement élu de l'Egypte et qui a conduit à l'arrestation de dirigeants des Frères musulmans à travers le pays, représente un énorme danger non seulement pour la transition démocratique en Egypte, mais aussi pour les espoirs démocratiques du monde arabe tout entier.

Le fait que le coup ait été réalisé avec un soutien populaire massif est le signe d'énormes difficultés rencontrées par les Frères musulmans lors de leur premier mandat. Le gouvernement du président Mohamed Morsi s'est battu pour faire face aux crises économiques et sociales héritées de l'Egypte face aux énormes attentes de l'opinion publique créées par la révolution de 2011, où les protagonistes réclamaient non seulement la liberté, mais aussi le développement économique et la justice sociale.

Bien sûr, les Frères musulmans ont aussi été victimes de leurs propres erreurs, notamment de l'échec de Morsi et de son gouvernement à tendre la main à l'opposition laïque, des éléments qui avaient contribué à leur élection. Le gouvernement de Morsi a semblé incapable de comprendre qu'une mince majorité électorale ne suffit pas, tout particulièrement de nos jours.

En effet l'ampleur de l'opposition à Morsi reflète une grande tendance mondiale vers l'émancipation de la classe moyenne éduquée et connectée, dont les membres ont tendance à se méfier des partis politiques et à exiger une participation politique plus directe. En ce sens, les difficultés de l'Egypte ne diffèrent que par leur portée, mais pas par leur nature, de celles rencontrées par les gouvernements de la Turquie, du Brésil et même de l'Europe.