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L'Amérique est-elle vraiment capitaliste ?

CAMBRIDGE – Si le socialisme est la frontière du capitalisme, le monde considère à juste titre les USA comme un pays hyper-capitaliste. On y compte peu d'entreprises publiques et si une nationalisation intervient, cela passe pour une aberration (cela fut le cas lorsque l'Etat a pratiquement nationalisé General Motors et Chrysler il y a quelques années et dont il cherche maintenant à se débarrasser). L'Etat intervient moins dans l'économie que dans la plupart des autres pays avancés et des programmes sociaux de première importance comme l'assurance-maladie universelle ne font pas encore tout à fait partie de la "normalité".

Mais ce ne sont pas les seules dimensions à considérer pour juger du degré de capitalisme des  USA. Examinons à quel point le capital - autrement dit les actionnaires - régit les grandes entreprises : s'il y a conflit entre les intérêts du capital et ceux des dirigeants, qui l'emporte ?

Vu de cette façon, le capitalisme américain devient plus ambigu. Car la législation américaine donne davantage de pouvoirs aux dirigeants et aux administrateurs qu'aux actionnaires. Ces derniers n'ont pas autorité pour exiger du conseil d'administration qu'il emprunte de l'argent, étende l'activité de l'entreprise ou ferme une usine peu rentable. La loi est claire : c'est le conseil d'administration et non les actionnaires qui dirigent l'entreprise.

Si l'on ignore le fonctionnement des entreprises américaines, on pourrait croire que ces règles sont sans grande importance et supposer que les actionnaires peuvent nommer de nouveaux administrateurs si ceux qui sont en place sont récalcitrants - autrement dit le pouvoir réel serait entre les mains des actionnaires. Ce serait vrai si l'actionnariat des entreprises américaines était concentré et puissant, les actionnaires majoritaires détenant par exemple le quart des actions. C'est une structure que l'on retrouve fréquemment dans les grandes entreprises des autres pays avancés où des familles, des fondations ou des institutions financières se trouvent ainsi en position de force.