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A quoi tient le succès brésilien ?

CAMBRIDGE – La visite de la présidente brésilienne Dilma Rousseff à Washington la semaine dernière a été l'occasion de se demander comment son pays, et d'autres, ont réussi à sortir de la pauvreté. Pour les institutions spécialisées dans le développement comme la Banque mondiale cela tient avant tout à l'amélioration de la législation sur les entreprises. Ont-elles raison& ?

On estime que les investisseurs ont besoin de règles claires et de tribunaux efficaces. Cette idée remonte au moins jusqu'à Max Weber qui soulignait qu'un environnement d'affaires efficace exige une structure juridique aussi prévisible qu'une horloge. De ce point de vue, la sécurité offerte par un contrat et des mécanismes qui protégent réellement les investisseurs sont indispensables pour financer la croissance économique. Si un financier n'est pas sûr d'être de retrouver sa mise, il ne va pas investir, les entreprises ne vont pas se développer et l'économie va stagner. Par conséquent il faut donner la priorité à un cadre juridique et aux institutions, le développement économique suivra.

Mais aussi imparable paraît ce raisonnement, le succès du Brésil ne va pas dans ce sens& : sa croissance financière et économique n'a été ni précédée, ni même accompagnée d'améliorations significatives de la législation ou du fonctionnement de la justice.

La croissance de ce pays est incontestable& : ses marchés financiers se sont fortement développés, la capitalisation boursière est passée de 35% du PIB en 2000 à 74% en 2010. Pendant les huit ans qui ont précédé 2004, seules six entreprises nouvelles sont entrées en Bourse, tandis qu'elles ont été 137 dans les huit ans suivants. L'année dernière le Brésil a dépassé le Royaume-Uni (souvent considéré comme exemplaire en matière de sécurité juridique), devenant ainsi la sixième économie mondiale.