6

Sauver la Syrie et l'Amérique

DENVER – Les critiques la politique au Moyen-Orient de l'Amérique rappellent la boutade de Woody Allen dans Annie Hall : « La nourriture servie ici est vraiment infecte... et les portions sont si petites ! » Les États-Unis sont tenus pour responsables de nombreux maux dans cette région et pourtant on les accuse de ne pas s'être suffisamment engagés, de « diriger l'arrière-garde », de ne pas soutenir la démocratie, d'abandonner leurs amis, etc. Compte tenu de toutes les accusations que les Etats-Unis essuient, quant à leur implication dans la région au fil des décennies, on pourrait penser que les Etats-Unis sont invités à rester chez eux.

Mais la région a un cruel besoin de leadership et les États-Unis restent le seul pays à pouvoir y répondre. Le problème pour les Etats-Unis ne vient pas des divisions du Moyen-Orient, qu'il s'agit de mieux comprendre pour s'y frayer un chemin, mais plutôt des divisions au sein des États-Unis qui ont érodé le consensus national sur de nombreuses questions de politique étrangère. Ces différences internes ont laissé les Etats-Unis à l'écart durant les derniers bouleversements au Moyen-Orient.

Les Etats-Unis ont traditionnellement deux positions en matière de politique étrangère : réaliste ou idéaliste. Mais aujourd'hui les opinions se sont fragmentées en un large éventail de positions : une situation où le besoin de leadership se fait là aussi cruellement sentir.

L'opinion maintes fois répétée du président Barack Obama selon laquelle « il faut bâtir notre nation chez nous », associée à son choix d'une guerre aseptisée par les drones, indique qu'il empiète sur les plates-bandes des isolationnistes de gauche et de droite. Il semblerait que l'unilatéralisme soit en passe de devenir sous peu un isolationnisme international.