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L’helicopter money au secours des économies paralysées

BERKELEY – Pour les États présentant des taux d’intérêts nominaux nuls ou proches de zéro, la relance budgétaire ne devrait pas poser autant de difficultés. Tant que le taux d’intérêt auquel emprunte un État est inférieur à la somme réunissant inflation, croissance de la main-d’œuvre et augmentation de la productivité du travail, le coût d’amortissement des passifs supplémentaires demeure négatif. Dans le même temps, il est possible que la hausse des dépenses supplémentaires se révèle significative. Le multiplicateur budgétaire keynésien relatif aux économies industrielles ou aux expansions coordonnées, est estimé à environ deux – ce qui signifie que pour chaque dollar supplémentaire d’expansion budgétaire, le PIB réel enregistre une croissance d’environ deux dollars.

Certains observateurs font valoir le risque d’une incapacité des gouvernements, une fois l’économie rétablie et les taux d’intérêts à la hausse, à ajuster de manière appropriée la politique budgétaire. Cet argument est toutefois bancal. Les États décidés à entreprendre de mauvaises politiques y parviendront quelles que soient les décisions prises aujourd’hui. Et à supposer qu’il existe effectivement, ce risque sera compensé par les avantages tout à fait palpables de la relance : meilleures compétences de la main-œuvre, investissements d’affaires plus conséquents, développement plus rapide des modèles d’entreprise, et nouvelles infrastructures fort utiles.

L’aversion suscitée par l’expansion budgétaire est davantage le reflet de l’idéologie pure et simple que de considérations pragmatiques. Rares sont les économistes compétents à avoir conclu que les États-Unis, l’Allemagne et le Royaume-Uni bénéficiaient d’un multiplicateur budgétaire suffisamment conséquent, de retombées suffisamment positives à l’issue de programmes d’infrastructure, d’investissement et autres démarches génératrices de demande, ainsi que de suffisamment d’espace financier, pour rendre beaucoup plus optimales leurs politiques expansionnistes.

La question n’est pas de savoir si la relance budgétaire est appropriée, mais réside davantage dans la mesure que doit revêtir cette relance. On s’attendrait à ce que la réponse à cette question consiste en un simple calcul technocratique des coûts et des avantages. Or, dans la plupart des pays susceptibles de bénéficier d’une relance budgétaire, rien n’est fait actuellement.