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Une nouvelle ère d’innovations en matière de santé

ZURICH – Nous assistons actuellement à une nouvelle vague d’innovations en matière de soins de santé, annonciatrice des systèmes de santé les plus intelligents, les plus connectés et les plus efficaces que le monde ait jamais connu. Une véritable révolution de nouvelles technologies et autres traitements novateurs promet aujourd’hui de refaçonner la pratique de la médecine, de transformer l’expérience du patient, et de créer les conditions favorables à l’émergence d’innovations encore plus nombreuses.

Il suffit d’examiner les chiffres pour s’en rendre compte. L’an dernier, un nombre record de 61 médicaments ont été introduits à travers le monde, contre une moyenne de 34 au cours de la décennie précédente. Plus de 40 % de ces médicaments concernent des maladies rares ou difficiles à traiter, telles que l’hépatite C, le méningocoque B, ou encore le mélanome métastatique. D’autres avancées pointent également à l’horizon. D’après les estimations, environ 70 % des médicaments actuellement en cours de développement dans l’industrie constitueraient des traitements « first in class », c’est-à-dire recourant à de tout nouveaux mécanismes d’action contre la maladie.

Aleppo

A World Besieged

From Aleppo and North Korea to the European Commission and the Federal Reserve, the global order’s fracture points continue to deepen. Nina Khrushcheva, Stephen Roach, Nasser Saidi, and others assess the most important risks.

Cette nouvelle vague d’innovations est attribuable à trois facteurs clés : capacité à individualiser les traitements, possibilité d’une mise sur le marché plus rapide, et enfin amélioration de l’engagement des patients.

Tout d’abord, plusieurs avancées majeures concernant notre connaissance de la génomique – à savoir la manière dont les maladies se manifestent et se développent dans notre organisme au niveau génétique – renforcent aujourd’hui notre capacité à cibler la maladie à chacun de ses stades, ainsi qu’à améliorer l’expérience du patient. Les marqueurs génétiques permettent par exemple de déterminer si tel médicament sera efficace chez tel patient, améliorant ainsi les perspectives d’un patient tout en lui épargnant les effets secondaires potentiellement douloureux de traitements dont il est probable qu’ils ne fonctionneront chez lui.   

S’agissant des patients atteints d’un cancer du sein au stade précoce, les marqueurs génétiques permettent d’évaluer si la chimiothérapie produira un impact, ou si la seule thérapie hormonale constitue une meilleure option. Un nouveau médicament contre le cancer du poumon, développé par Novartis dont je suis à la tête, se révèle uniquement efficace chez les patients atteints d’un cancer non à petites cellules, lesquels présentent une mutation génétique particulière. 

L’exploitation de notre connaissance de la génomique aux fins d’une amélioration des soins de santé n’en est qu’à ses débuts. Domaine d’investigation particulièrement prometteur, la technologie CRISPR est un outil de pointe qui pourrait nous permettre de supprimer, de réparer ou de remplacer certains gènes à l’origine de maladies. À l’heure ou ne cesse de se préciser notre compréhension des caractéristiques d’une maladie propre à un patient, les traitements sont voués à devenir de plus en plus efficaces, et à réduire le risque d’effets secondaires.

Les progrès accomplis en termes de compréhension des maladies viennent par ailleurs dynamiser l’efficacité du processus de développement des médicaments, rendant possible une plus rapide mise sur le marché des dernières innovations. Des tests génétiques sont par exemples effectués afin de présélectionner les participants aux essais cliniques, ce qui permet de réduire les délais de recrutement. Grâce à cette approche, les chercheurs peuvent débuter leurs travaux en seulement trois semaines, contre 34 semaines en moyenne pour un essai clinique standard. Ajoutez à cela notre capacité à analyser plus rapidement les données, ainsi qu’à prendre des décisions plus précises concernant les dosages, et la durée nécessaire aux essais cliniques se réduit considérablement.  

Enfin, les données et temps réel et les nouveaux outils technologiques promettent d’améliorer l’engagement et l’adhésion des patients, notamment chez ceux atteints de troubles chroniques provoqués par des maladies non transmissibles (MNT). À mesure du vieillissement de la population à travers le monde, il faut s’attendre à ce qu’augmente l’incidence des MNT, dont il est prévu qu’elles représentent chaque année 52 millions de décès à partir de 2030. Plus de 80 % des décès provoqués par MNT sont la conséquence de troubles chroniques de type maladies cardiovasculaires et respiratoires, cancer et diabète.

À l’heure actuelle, le manque d’adhésion des patients à leur régime médicamenteux constitue une problématique majeure dans le traitement des MNT. Aux États-Unis par exemple, parmi les patients diabétiques respectant le moins leur traitement, 30 % risquent une hospitalisation au cours de l’année, contre 13 % des patients y adhérant avec sérieux. Ceci représente d’importants coûts pour les systèmes de santé – chaque année environ 200 milliards $ aux États-Unis, et 125 milliards € dans l’Union européenne. Ainsi, les technologies favorisant une plus grande implication des patients concernant leur propre santé, ainsi qu’une meilleure adhésion à leur régime de traitement, pourraient permettre une gestion plus efficace de la maladie, une réduction du nombre d’hospitalisations, et une diminution des coûts.

Les progrès révolutionnaires actuellement accomplis en matière de soins de santé sont en grande partie attribuables aux nouvelles informations issues de la génomiques, à la disponibilité de mégadonnées qui déterminent en temps réel les décisions, à des traitements individualisés et mieux ciblés, ainsi qu’à des systèmes de délivrance plus intelligents et plus connectés. Et cette révolution ne fait que commencer. D’autres avancées suivront, grâce à une convergence entre science et technologie, et notamment à mesure que des acteurs non traditionnels feront leur entrée dans le secteur de la santé. À cet égard, les partenariats entre les sociétés de soins de santé et les entreprises technologiques revêtiront une importance croissante.  

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Nous vivons une période fascinante en matière de santé, à l’heure où de nombreuses innovations de rupture pointent à l’horizon. Les nouvelles s’annoncent excellentes, aussi bien pour les professionnels que pour les patients.

Traduit de l'anglais par Martin Morel