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Le dividende des expatriés dans les États du Golfe

PARIS – Comment les responsables politiques des États du Golfe au Proche-Orient devraient-ils gérer le nombre important de travailleurs expatriés vivant au pays ? En Arabie saoudite, les étrangers comptent pour environ le tiers de la population. Au Qatar et dans les Émirats arabes unis, neuf résidents sur dix sont des expatriés. Les autorités du pays doivent-elles continuer à investir massivement dans le développement de forces de travail indigènes, avec pour objectif de diminuer la dépendance sur les travailleurs étrangers ?

La très grande proportion d’étrangers dans la main-d’œuvre des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) est souvent jugée comme problématique, car, selon certains, les cultures locales et les identités nationales en seraient menacées, les salaires retenus vers le bas et le développement retardé de compétences et de talents nationaux. Le coût relatif relativement [C1] moins élevé de la main-d’œuvre extérieure fait en sorte qu’elle domine tellement les métiers et professions que la population indigène doit souvent se cantonner dans des domaines professionnels où les salaires ne sont pas fixés par le jeu de la concurrence. Les postes que les nationaux occupent sont pour la plupart dans le secteur public, où la rente pétrolière sert à maintenir les salaires élevés et les conditions de travail avantageuses.

Mais une dimension importante du débat d’orientation qui se déroule dans la région pourrait bien être négligée : les nombreux étrangers ne font pas que travailler dans les États du Golfe ; ils y consomment aussi. En gonflant la population du pays où ils vivent, les travailleurs expatriés contribuent à la stimulation de la croissance économique.

En fait, les pays du CCG reçoivent un double dividende des expatriés : non pas seulement d’une vaste clientèle qui stimule la demande, mais également d’une main-d’œuvre jeune et malléable qui renforce l’offre. De ce fait, devant la chute précipitée des cours pétroliers des dernières années, les sociétés ont pu se départir de milliers d’employés sans devoir se soucier du taux de chômage ou de la charge sociale substantielle que l’État aurait dû assumer si ceux-ci avaient été des citoyens du pays.