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L'efficacité des marchés ne fait plus recette !

PARIS – "Les USA ont les marchés financiers les plus actifs, les plus liquides et les plus efficaces qui existent. Le système financier américain favorise une distribution efficace des capitaux, le développement économique et la création d'emplois". Depuis des dizaines d'années ce discours est monnaie courante parmi les élus, les régulateurs et les firmes financières américaines. Malgré la crise qui a débuté en 2008, il déclenche un feu nourri de critiques contre la "règle de Volker" (du nom de l'ancien président de la Réserve fédérale Paul Volker) qui voudrait interdire aux banques de faire des investissements pour compte propre.

Le lecteur pressé passe rapidement sur ce discours bien rodé qui commence pourtant à être remis en question. Avant la crise, les autorités chargées de la réglementation voulaient en priorité supprimer les barrières commerciales et rendre les marchés plus efficaces en favorisant la rapidité et la baisse du coût des transactions sur tout un éventail de créances.

Mais aujourd'hui l'idée qu'une plus grande efficacité des marchés soit partout et toujours dans le sens de l'intérêt général est critiquée. Cette efficacité n'alimente-t-elle pas aussi leur instabilité et n'est-elle pas dans l'intérêt des intermédiaires plutôt que dans celui de leurs clients ? La nécessité d'une réglementation des marchés, considérée comme une entrave à leur bon fonctionnement dans la période d'innocence qui a précédé l'apocalypse de 2008, sert maintenant à justifier des réformes qui pourraient ralentir les transactions et diminuer leur volume.

Ainsi la taxe sur les transactions financières que l'on envisage au sein de l'UE devrait générer plus de 50 milliards d'euros par an pour éponger les déficits et sauver l'euro. Le fait que 60 à 70% des revenus qu'elle rapporterait viendraient de Londres la rend d'autant plus attractive aux yeux de ses partisans du continent. Employant des arguments d'avant-crise, ses adversaires déclarent que cela diminuerait l'efficacité des marchés et déplacerait les lieux des transactions. Ses partisans rétorquent que beaucoup de transactions sont dépourvues d'utilité sociale et que leur départ serait une bonne chose.