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Evaluer la Gauche de l’Amérique latine

BOGOTA–En janvier 2006, quelques jours après l’élection d’Evo Morales en tant que président de la Bolivie, le président vénézuélien Hugo Chávez avait prédit qu’une nouvelle vague de gouvernements de gauche déferlerait sur l’Amérique latine. Cinq ans plus tard, il est temps d’évaluer les performances des administrations de gauche en Amérique latine. Ont-elles tenu leurs promesses de générer plus d’égalité, réduire la pauvreté et renforcer la démocratie ? En bref, les pays qui sont passés à gauche se portent-ils mieux qu’avant ?

Bien que l’inégalité de revenu n’ait pas connu de modification substantielle sous Chávez, le Venezuela est l’un des six pays d’Amérique latine, avec le Chili, l’Uruguay, le Mexique, le Costa Rica et l’Argentine, qui connaissent de la plus grande disponibilité et la plus large distribution de services de base tels que l’éducation et le logement. Le gouvernement Chávez est également parvenu à réduire la pauvreté, comme l’a reconnu la Banque Mondiale : depuis 2000, le pourcentage de ménages pauvres est passé de 40% à 21%, et le taux de pauvreté extrême a chuté de 20% à 8%.

Cependant, le bilan démocratique est loin d’être aussi favorable. Les avancées socio-économiques ont été de pair avec une érosion de la séparation des pouvoirs et de l’indépendance des médias. Les forces armées sont en train de devenir de plus en plus politisées et les plus grandes organisations représentant la société civile ont été forcées à arrêter leurs activités. Les récentes élections du Congrès, qui ont renforcé l’opposition, pourraient marquer le signe d’un mécontentement général concernant les arrangements institutionnels actuellement en place au Venezuela – et concernant la détérioration de sa démocratie.

Les indicateurs socio-économiques du Nicaragua d’Ortega sont beaucoup moins flatteurs. Environ 48% de la population du Nicaragua vit encore et toujours dans la pauvreté, et 79.9% e la population vit avec moins de deux dollars par jour. Le pays survit grâce aux transferts privés et à l’aide internationale.