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Comment évaluer les ministres ?

PARIS - En annonçant que les ministres français seraient désormais soumis à une évaluation individuelle sur la base d’une grille de critères de résultat élaborée par un cabinet d’audit privé, le porte-parole du Gouvernement de Nicolas Sarkozy n’imaginait sans doute pas la violence de la controverse que susciterait son annonce. Il aurait pourtant dû. Un « dangereux gadget » et « de la poudre aux yeux », a aussitôt commenté l’opposition. « À quand les ministres recrutés par des chasseurs de tête ? », s’interrogeait un éditorialiste. « On ne gère pas la France comme une entreprise de boulons », a renchéri une jeune parlementaire.

Mais l'idée d'établir des normes de suivi afin que l’on puisse évaluer les résultats des engagements pris par le Président pendant la campagne présidentielle est-elle si absurde ? En réalité, les ministres se sont vus assigner, dès leur nomination en juin 2007, une série d’objectifs dans des lettres de mission détaillant avec précision la feuille de route de chacun. Quoi de plus normal, en outre, que de permettre aux ministres de rendre des comptes à leurs concitoyens sur les résultats de leur politique ?

Alors que l’on reproche à l’administration une tendance ancienne à l’immobilisme et à l’irresponsabilité, il n’est pas inutile d’initier les ministres, chefs de leur administration, à une culture du résultat qui est reconnue dans l’ensemble des domaines de l’activité économique. La question de normes de résultats des activités gouvernementales n'est pas confinée à la France. Le Premier ministre britannique, Gordon Brown, a fait de ces objectifs quantifiables le sceau de son leadership depuis le premier jour de ses fonctions comme  chancelier de l'Échiquier.

Les institutions chargées de superviser le secteur public en France, comme la Cour des comptes, ou l’Inspection générale des finances, ont bien sûr les capacités et les compétences nécessaires pour remplir leur mandat. Il existe par ailleurs une procédure de revue générale des politiques publiques. Mais pour passer d’un simple contrôle de régularité à une évaluation plus globale des politiques publiques, la culture des organismes privés d’audit peut apporter une approche innovante.