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L’anatomie de la récession à venir

NEW YORK – Trois chocs d’offre négatifs risquent d’engendrer une récession mondiale d’ici 2020. Tous sont le reflet de facteurs politiques associés aux relations internationales, tous ont en leur cœur les États-Unis, et deux impliquent la Chine. Aucun de ces chocs n’est par ailleurs susceptible de faire l’objet des outils traditionnels de la politique macroéconomique contracyclique.

Le premier choc potentiel découle de la guerre commerciale et monétaire sino-américaine, qui s’est intensifiée ce mois-ci lorsque l’administration du président américain Donald Trump a menacé d’appliquer de nouvelles taxes douanières sur les exportations chinoises, accusant par ailleurs ouvertement la Chine de manipulation monétaire. Le deuxième motif d’inquiétude réside dans une guerre froide montante entre les États-Unis et la Chine autour des technologies. Dans cette rivalité qui a toutes les caractéristiques d’un piège de Thucydide, Chine et Amérique s’affrontent pour la domination des industries du futur : intelligence artificielle (IA), robotique, 5G, et la liste se poursuit. Les États-Unis ont placé le géant chinois des télécommunications Huawei sur une « liste d’entités » qui rassemble des entreprises étrangères considérées comme représentant une menace pour la sécurité nationale. Et si Huawei bénéficie d’une exemption provisoire lui permettant de continuer d’utiliser des composants américains, l’administration Trump a annoncé cette semaine l’inscription de 46 filiales supplémentaires de Huawei sur la liste.

Le troisième risque majeur concerne les approvisionnements pétroliers. Bien que le cours du pétrole ait diminué ces dernières semaines, et qu’une récession engendrée par une guerre commerciale, monétaire et technologique soit de nature à exercer un effet de dépression sur la demande en énergie ainsi qu’une baisse des prix, la confrontation entre les États-Unis et l’Iran pourrait entraîner l’effet inverse. Si les tensions venaient à dégénérer en conflit militaire, les cours mondiaux du pétrole pourraient grimper en flèche et engendrer une récession, comme ce fut le cas lors des conflagrations précédentes au Moyen-Orient en 1973, 1979 et 1990.

Ces trois chocs potentiels entraînerait tous un effet stagflationniste, en augmentant le prix des biens de consommation importés, des intrants intermédiaires, des composants technologiques ainsi que des énergies, tout en réduisant la production en raison de perturbation dans les chaînes logistiques mondiales. Pire encore, le conflit sino-américain alimente d’ores et déjà un processus plus large de démondialisation, les États et les entreprises ne pouvant plus compter sur la stabilité à long terme de ces chaînes de valeur intégrées. Les échanges en matière de biens, services, capitaux, travail, informations, données et technologies devenant de plus en plus balkanisés, les coûts de production mondiaux augmenteront dans tous les secteurs.

Par ailleurs, guerre commerciale et monétaire d’une part, et compétition technologique de l’autre, sont vouées à s’amplifier mutuellement. Songez au cas de Huawei, actuellement leader mondial en équipement 5G. Cette technologie constituera bientôt la forme standard de connectivité pour les infrastructures civiles et militaires les plus importantes, sans parler des biens de consommation de base qui se trouvent connectés via l’Internet des objets. La présence d’une puce 5G signifie que n’importe quel appareil, du grille-pain à la machine à café, pourra devenir un dispositif d’écoute. Si Huawei devenait alors largement considérée comme une menace pour la sécurité nationale, ce serait également le cas de plusieurs milliers d’exportations chinoises de produits de consommation.

On imagine sans mal combien la situation actuelle pourrait conduire à l’implosion totale d’un système commercial planétaire ouvert. La question est de savoir si les décideurs monétaires et budgétaires sont prêts à faire face à un choc d’offre négatif durable – voire permanent.

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Aux chocs stagflationnistes des années 1970, les décideurs monétaires ont répondu par une politique monétaire resserrée. Aujourd’hui, en revanche, les principales banques centrales telles que la Réserve fédérale américaine appliquent un assouplissement de la politique monétaire, dans la mesure où l’inflation et les projections d’inflation demeurent faibles. Toute pression inflationniste découlant d’un choc pétrolier sera perçue par les banques centrales comme un simple effet de niveau de prix, et non comme une augmentation persistante de l’inflation.

Au cours du temps, les chocs d’offre négatifs ont également tendance à devenir des chocs de demande négatifs temporaires qui réduisent à la fois la croissance et l’inflation, via un effet de dépression sur la consommation et les dépenses en capital. En effet, dans les conditions actuelles, les dépenses en capital des entreprises américaines et mondiales sont en forte dépression, en raison des incertitudes quant à la probabilité, la sévérité et la persistance des trois chocs potentiels.

De fait, les entreprises d’Amérique, d’Europe, de Chine et d’autres régions d’Asie ayant limité leurs dépenses en capital, les secteurs mondiaux technologique, manufacturier et industriel sont d’ores et déjà en récession. Seule raison pour laquelle ceci n’a pas encore tourné en effondrement mondial, la consommation privée demeure solide. Si le prix des biens importés venait à grimper en conséquence de l’un ou l’autre de ces chocs d’offre négatifs, le revenu réel disponible des ménages (ajusté de l’inflation) en prendrait un coup, tout comme la confiance des consommateurs, ce qui pousserait probablement l’économie mondiale vers une récession.

Compte tenu du risque de choc de demande globale négatif à court terme, les banques centrales ont raison d’assouplir les taux directeurs. Mais les décideurs budgétaires devraient eux aussi préparer une réponse similaire à court terme. Une chute brutale de croissance et de demande globale nécessiterait un assouplissement budgétaire contracyclique, pour éviter que la récession ne devienne trop sévère.

À moyen terme, en revanche, la réponse optimale ne consisterait pas à répondre à ces chocs d’offre négatifs, mais plutôt à s’y adapter sans nouvel assouplissement. En effet, les chocs d’offre négatifs engendrés par une guerre commerciale et technologique seraient plus ou moins permanents, tout comme la baisse de croissance potentielle. Ceci s’applique également au Brexit : la sortie hors de l’Union européenne entraînera pour le Royaume-Uni un choc d’offre négatif permanent, et par conséquent une moindre croissance potentielle tout aussi permanente.

Ces chocs ne peuvent être inversés au moyen de politiques monétaires ou budgétaires. Bien qu’ils puissent être gérés à court terme, les tentatives de réponse permanente conduiraient en fin de compte à l’augmentation de l’inflation et des projections d’inflation, bien au-dessus des objectifs des banques centrales. Dans les années 1970, les banques centrales ont répondu à deux chocs pétroliers majeurs. En ont résulté une inflation et des prévisions d’inflation en hausse persistante, des déficits budgétaires insoutenables, et une accumulation de dette publique.

Intervient enfin une différence importante entre la crise financière mondiale de 2008 et les chocs d’offre négatifs susceptibles de frapper bientôt l’économie mondiale. La première ayant résidé pour l’essentiel dans un important choc de demande globale négatif, qui a exercé un effet de dépression sur la croissance et l’inflation, il a été possible d’y répondre par une relance monétaire et budgétaire. Or, cette fois, le monde serait confronté à des chocs d’offre négatifs durables, qui exigeraient une forme de réponse politique très différente à moyen terme. Tenter de réparer les dégâts via une relance monétaire et budgétaire sans fin ne constitue pas une option judicieuse.

Traduit de l’anglais par Martin Morel

https://prosyn.org/cdU9GkKfr;
  1. pei56_Miguel CandelaSOPA ImagesLightRocket via Getty Images_xijinpinghongkongprotestmasks Miguel Candela/SOPA Images/LightRocket via Getty Images

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