0

Justice globale et intervention militaire

MELBOURNE – Le monde a observé avec horreur le colonel Mouammar Kadhafi en Libye ordonner à son armée d’attaquer les manifestants opposés à son régime, entrainant la mort de centaines ou peut-être même de milliers de civils sans armes. Beaucoup de ses propres hommes ont refusé de tirer sur leurs concitoyens, et ont préféré se ranger aux côtés des insurgés ou s’enfuir à bord de leurs avions vers l’île de Malte voisine ; Kadhafi a donc fait appel à des mercenaires arrivés de pays voisins acceptant d’obéir à ses ordres.

Les dirigeants du monde ont promptement condamné Kadhafi. Le 26 février, le Conseil de sécurité des Nations Unies a voté à l’unanimité un embargo sur les armes vers la Libye, requis des pays membres le gel des avoirs de Kadhafi et de sa famille, et demandé la saisine de la Cour pénale internationale en raison de la violence de ce régime, en vue de poursuites éventuelles contre les responsables.

C’est la première fois que le Conseil de Sécurité demande à l’unanimité la saisine de la Cour pénale internationale pour un cas de violations des droits de l’homme, et il est remarquable que les pays qui ne siègent pas à cette Cour – y compris les Etats-Unis, la Russie et la Chine – aient néanmoins soutenu la démarche. Cette résolution peut donc être considérée comme une étape supplémentaire vers l’établissement d’un système global de justice en mesure de punir ceux qui commettent des violations flagrantes des droits de l’homme, quelque soient leur statut politique et juridique dans leur propre pays.

Mais cette résolution du Conseil de sécurité est aussi une déception. La situation en Libye est devenue un test pour évaluer le niveau d’importance qu’accorde la communauté internationale à l’idée d’une responsabilité de protéger les personnes contre leurs dirigeants. L’idée est ancienne, mais sa forme moderne est ancrée dans la tragique décision de ne pas intervenir dans le génocide rwandais en 1994. Une enquête ultérieure de l’ONU avait conclu que le massacre des 800 000 Tutsis aurait pu être évité avec l’envoi d’à peine 2500 personnels militaires correctement formés.