22

Un ordre économique instable ?

LAGUNA BEACH – Le retrait des économies développées hors de l’économie mondiale – et, dans le cas du Royaume-Uni, hors des cadres économiques régionaux – a particulièrement retenu l’attention ces derniers temps. À l’heure où s’exerce une pression sur les structures sous-jacentes de l’économie globale, ceci pourrait avoir d’importantes conséquences.

Que ce soit par choix ou par nécessité, la grande majorité des économies de la planète s’inscrivent dans le cadre d’un système multilatéral qui confère d’immenses privilèges à leurs homologues du monde développé, notamment aux États-Unis et à l’Europe. Trois privilèges se dégagent.

Premièrement, dans la mesure où elles émettent les principales monnaies de réserve de la planète, les économies développées peuvent échanger contre des billets qu’elles ont elles-mêmes imprimés un certain nombre de biens et services produits par d’autres. Deuxièmement, pour la plupart des investisseurs mondiaux, les obligations d’État liées à ces économies constituent une composante quasi-automatique de la composition du portefeuille, de telles sorte que les déficits budgétaires de leur propre gouvernement sont en partie financés par l’épargne d’autres pays.

Le troisième avantage clé des économies développées réside dans le pouvoir de vote et la représentation. Elles disposent soit d’un droit de veto, soit de la possibilité d’opérer un blocage minoritaire au sein des institutions de Bretton Woods (Fonds monétaire international et Banque mondiale), ce qui leur permet d’influencer de manière disproportionnée les règles et les pratiques qui régissent le système économique et monétaire international. Par ailleurs, compte tenu du pouvoir de domination dont jouissent historiquement ces organisations, les ressortissants de ces États se voient de fait garantir les plus hauts postes.