16

La fin des beaux jours ?

STANFORD – Au cours des 25 années avant la Grande Récession de 2008-2009, les États-Unis ont connu deux récessions brèves et légères ainsi que deux expansions fortes et prolongées. Globalement, les revenus ont augmenté rapidement ; l'inflation a diminué ; et les marchés boursiers ont progressé fortement. En outre, la reprise suite à la dernière crise majeure, dans les années 1980, a provoqué un quart de siècle de performance macroéconomique d’une solidité et stabilité sans précédent. Cette fois, cependant, le retour à la croissance a été beaucoup plus difficile.

La reprise de l'Amérique depuis la Grande Récession a été incohérente ; à plusieurs reprises, la croissance ne s’est redressée que pour s’effondrer par la suite. En fait, les États-Unis n'ont pas connu trois trimestres consécutifs de croissance à 3% en une décennie. Bien que les prix du pétrole aident les consommateurs, ce gain est en partie compensé par moins d’investissements dans l'énergie, et les effets de l'appréciation du dollar seront encore plus grands.

Les États-Unis ne sont pas les seuls. Bien que la plupart des économies européennes aient maintenant renoué avec la croissance, aidées par le prix du pétrole plus faible et la dépréciation de leur monnaie, le rythme de l'expansion reste anémique. De même, la reprise au Japon reste fragile, malgré les gros efforts déployés par le gouvernement. Même les grandes économies émergentes, qui étaient censées servir de moteurs à la croissance mondiale au cours des années à venir, ont du mal : la Chine et l'Inde ont ralenti, tandis que le Brésil et la Russie se contractent.

Quand un boom ou une récession dure aussi longtemps, on commence à penser qu’il se poursuivra indéfiniment. Six ans après la crise, certains éminents économistes se demandent si l'insuffisance des investissements et / ou la diminution des gains liés à l'innovation technologique ont poussé l'économie mondiale dans une « nouvelle normalité »  de croissance plus faible et de gains de niveau de vie lents voire inexistants. Certains économistes appellent cette « stagnation séculaire » - une façon élégante de dire que les bons moments s’en sont allés pour de bon. Ont-ils raison ?